
Photo par Hulagway
Bonjour à tous,
J’ai vu que vos projets avaient bien avancé et c’est très bien ainsi.
Je voudrais commencer cet article avec quelques notes relatives au projet dans son ensemble.
Petit bilan
J’aimerais que, dès maintenant, vous commenciez à réfléchir aux moyens que vous avez mis en place pour maintenir un niveau de motivation assez élevé, afin de garder cela comme acquis une fois le projet terminé.
Relisez vos notes, analysez la manière dont vous avez réagi face à la baisse de motivation.
Ou bien, si vous n’avez pas pu faire plus de 5 articles (ce n’est pas grave) posez-vous la question : est-il normal que votre vie soit aussi chargée que vous n’ayez pu vous accorder assez de temps pour entamer ce projet?
Avez-vous laissé tomber ce projet par choix (autre projet ayant une priorité plus importante) ou contraintes?
L’article du jour
Aujourd’hui, j’aimerais vous donner quelques pistes pour choisir un éditeur.
Certains ont déjà dépassé cette étape, d’autres non.
De toutes manières, cela pourra toujours être utile à quelques uns d’entre vous.
Les conditions de travail que vous méritez
Tout d’abord, relisez le titre de cet article, je l’aime assez :
« Choisir un éditeur qui vous mérite. »
Prétention ? Non.
Provocation ? Non plus.
Un peu d’humour ? Non, tout le monde sait que je n’ai pas beaucoup d’humour.
Ce titre est très sérieux : chercher un éditeur, c’est choisir celui qui vous assurera les meilleures conditions de travail.
Il s’agit d’une démarche active. Il vous faut établir une liste, faire un tri, donner un ordre de priorité.
Vous le faites déjà, très certainement, mais sur quels critères vous basez-vous? Etes-vous assez exigeants?
Quelles sont les conditions de travail qu’il vous faut considérer ?
- La rémunération
Un super projet (en terme de satisfaction personnelle) payé au lance-pierres n’a rien d’intéressant. Surtout si vous imaginez que 95/98% de ce que vous allez créer va profiter à d’autres. Si c’est pour ne rien gagner, gardez vos projets pour vous.
Comme vous le savez, je parle souvent ici d’épanouissement personnel.
Je dois vous avouer que j’ai beaucoup de satisfaction lorsque je suis (bien) payé pour un travail : mal me payer c’est me signifier que mon travail n’a pas de valeur.
Et s’il n’a pas de valeur, pourquoi un éditeur déclarerait-il s’intéresser à moi ?
Retenez bien cette évidence : si un éditeur vous contacte, c’est que vous l’intéressez! Vous partez avec un ascendant psychologique. »Oui mais j’ai peu d’expérience et…. » Et? Et l’éditeur le sait, pourtant c’est vous qu’il contacte.Négociez, chiffrez, profitez. Ne pensez en aucun cas que votre travail n’a aucune valeur. Bien me payer, c’est me faire savoir qu’on apprécie la qualité de mon travail. C’est aussi pour moi l’assurance de fins de mois moins difficiles. Je n’ai pas encore d’enfants, mais je compte bien en avoir un jour et je le conçois de la manière suivante : si ce n’était pas pour l’argent, je ne ferais pas ce métier et je dessinerais pour moi uniquement.
Je sais que ça peut choquer mais c’est ainsi. Pourtant, dans d’autres professions, cela est tout juste « normal ».
Je veux que l’assiette de mes enfants soit bien remplie, et qu’ils puissent ne manquer de rien. Avoir de quoi bien remplir les assiettes de mes enfants fera partie de mon épanouissement personnel : être bien payé contribue donc à mon épanouissement personnel. Oubliez tous les tabous autour de l’argent, ça ne brûle pas les doigts.Toutefois, je n’ai pas choisi la voie la plus facile : comme quoi, même avec des idées bien arrêtées, on se laisse toujours corrompre par nos passions et nos aspirations. Je dois composer avec : faire ce métier ET bien gagner ma vie. L’un sans l’autre n’a aucun intérêt à mes yeux.
- De l’estime
Si vous le pouvez, choisissez un éditeur qui vous montrera qu’il a de l’estime pour votre travail, pour la personne que vous êtes. Vous n’êtes pas un exécutant.
Lorsqu’on travaille avec un éditeur, on s’associe pour créer un bel objet qui saura plaire aux lecteurs à qui il est destiné. On fait un métier un peu spécial de ce côté-là, j’ai toujours travaillé avec des personnes qui respectent mon travail et qui n’ont pas hésité à me dire en quoi ils le trouvaient intéressant.Vous n’êtes pas là pour « lire le texte – créer des images – respecter les délais ».
Vos idées ont de la valeur. Vos remarques doivent être prises en compte. Vous devez sentir qu’on vous implique dans le processus de fabrication (choix du format, etc…).
Vous devez vous sentir comme un collaborateur privilégié.Si vous y arrivez un jour, gardez toujours en tête que vous n’êtes pas « chanceux » de faire ce métier : vous aurez construit votre succès et tout ce qui vous arrivera sera mérité.
N’oubliez pas que vous tapez aux portes des éditeurs avec vos projets, pour en repartir un contrat signé en mains (joie !) mais en y ayant laissé 95% de vos revenus futurs.Vu sous cet angle, je considère que, si cela ne vous est pas accordé naturellement, l’estime est une condition de travail que vous payez assez cher. Alors exigez qu’on vous estime et vous respecte.
- De l’implication
Ce métier est assez formidable. Posez des questions, demandez à assister au choix du format, du papier, de la couverture de votre ouvrage. Découvrez tout ce qui peut vous sembler intéressant, et travaillez avec un éditeur qui ne voit aucun inconvénient à ce que vous soyez impliqué dans certaines décisions importantes.
C’est une forme d’apprentissage, ça fait partie des conditions nécessaires à un épanouissement dans ce métier. - Des contacts
Ce métier vous permet d’être en contact avec beaucoup d’auteurs/illustrateurs/éditeurs/libraires/graphistes/bibliothécaires, etc… : Profitez-en !
Profitez de chaque rencontre, gardez contact, développez des relations professionnelles, amicales, ou même amoureuses si le cœur vous en dit !
Essayez donc de savoir si cet éditeur est bien représenté sur les salons, si l’attachée de presse est susceptible de vous contacter souvent pour des séances de dédicaces, si votre projet peut être traduit à l’étranger, etc…
Résumé
Travaillez avec un éditeur qui vous paie bien, qui vous respecte, qui vous permet d’être en contact avec les acteurs de ce métier (de participer d’une certaine manière au processus de fabrication, c’est toujours très intéressant), et de bénéficier d’un réseau de connaissances.
Pourquoi est-il important d’être si exigeant, et confiant?
Parce que le but est toujours d’obtenir un maximum de résultats pour un minimum d’efforts.
Comment choisir un éditeur?

Photo par Saschaaa
Tout d’abord, vous le savez déjà, n’hésitez pas à vous promener dans les librairies.
Imprégnez-vous du travail des éditeurs, des collections : cela fait partie de la culture générale nécessaire.
Ensuite, repérez les collections qui pourraient correspondre à votre projet.
A partir de là, beaucoup vous diront de :
- Aller sur internet et récupérer les coordonnées des personnes à contacter comme vous pouvez (ou utilisez les pages jaunes, le minitel, engagez un détective, en cherchant bien on trouve)
- Contacter les personnes concernées, soumettre le projet
Je pense qu’à ce stade là c’est une grossière erreur, car trop prématuré.
En effet : que savez-vous de cet éditeur ?
- il produit des livres qui semblent correspondre au projet que vous souhaitez soumettre
- Le nom de cette maison d’édition est plutôt connu
Conclusion : vous ne savez rien de cet éditeur.
Imaginez une collaboration comme un apport de compétences et de garanties de part et d’autre.
Qu’apportez-vous à un éditeur ?
Avant même de signer le moindre contrat :
- Vous devez lui démontrer que vous êtes capable de fournir un travail à hauteur de ses espérances.
- Vous devez également lui prouver que vous pouvez adapter votre travail aux changements qui lui semblent pertinents
- Vous devez prouver que vous pouvez travailler dans un temps imparti
- Il s’assure de la part des revenus qui vous revient et la limite (soyons francs, cette part est très souvent fixe et égale au montant de l’avance sur droits : dans la majorité des cas, vous ne toucherez rien au-delà de cette avance).
- Enfin, un contrat le prémunit de tout « accident » au cours de la création de l’ouvrage
Ce sont des garanties.
Quelles sont les garanties que vous apporte un éditeur ?
- Rien ne vous assure qu’au-delà de l’avance sur droits vous toucherez la moindre rémunération
- Comment savoir si la diffusion sera faite de manière efficace ?
- Quel est le budget alloué à la promotion de votre ouvrage ?
- Quelle est la nature du réseau dont-il bénéficie ? Peut-il s’appuyer sur des partenaires solides ?
- Quelle sera la « durée de vie » de votre ouvrage (période pendant laquelle il sera soutenu de manière active, avant de tomber peu à peu dans l’oubli et que les retours à l’éditeur ne se fassent par vagues successives, pour aller au pilon) ?
Attention, je ne suis pas en train de critiquer les pratiques des éditeurs.
Je ne vois rien de litigieux là-dedans.
Mais je pense qu’il est nécessaire de rééquilibrer l’échange : lorsqu’un banquier vous confie une somme d’argent, il s’assure tout d’abord de bien analyser vos ressources.
Lorsque vous confiez votre enfant à une babysitter, vous lui demandez des références, vous l’observez une journée entière avec vos enfants, etc…
En résumé : cet éditeur est-il un partenaire solide, et de confiance?
Il convient de toutes manières, de redéfinir la manière dont les artistes perçoivent le terme : concession.
Faire une concession, c’est restreindre son niveau d’exigence sur un point précis en recevant une contrepartie de valeur égale ou supérieure.
Egale ou supérieure, égale ou supérieure, égale ou supérieure.
S’il n’en est pas ainsi, ce que vous pensez être une concession (choix stratégique pour le futur, peut-être) n’en est pas une : vous facilitez simplement la tâche de votre interlocuteur en acceptant avec le sourire qu’il se permette de vous marcher sur les pieds.
Comment réduire les risques de se tromper d’éditeur ?
Quelques signes qui ont leur importance?
- De quelle manière les ouvrages nouveaux, sortis chez l’éditeur qui vous intéresse, sont-ils représentés chez votre libraire préféré ?
- Quel est le poids de l’éditeur, quelles sont ses relations avec les libraires, qui pourraient permettre à votre ouvrage d’être bien mis en avant ou pas ?
Combien de temps une nouveauté reste-t-elle visible dans le rayon jeunesse de votre librairie ? - Repérez l’agenda des sorties (actuelles ou futures) sur le site de cet éditeur.
Relevez quelques noms d’albums, et demandez-les à votre libraire. S’il n’en a jamais entendu parler, c’est que les commerciaux de cet éditeur ne font pas du bon travail.
Désolé pour vous, si vous êtes éditeur ou commercial pour un éditeur, mais vous ne faites pas toujours du bon travail et il est important pour nous de commencer à vous évaluer. Pas toujours dans le même sens, c’est de bonne guerre ?Les bons éditeurs s’en démarqueront d’autant plus.
- Les auteurs travaillant avec cet éditeur ont-ils renouvelé l’expérience ? Ont-ils travaillé avec d’autres éditeurs par la suite (concrètement : est-ce-que leur album chez cet éditeur leur a ouvert d’autres portes ?)
- Les auteurs travaillant avec cet éditeur sont-ils souvent en dédicaces ?
Une fois en contact avec l’éditeur :
- Quelle est sa capacité à prendre en compte vos remarques sur des points qu’il a décidés seul, de son côté ? (exemple, s’il vous propose un format carré : « ah ? j’aurais imaginé un format horizontal.. »)
- S’il prend votre remarque en compte et argumente toutefois pour appuyer son choix, c’est qu’il considère votre avis comme important mais qu’il pense que son choix est le plus approprié. Un bon point, car vous œuvrez ensemble pour le bien de l’album.
- S’il écourte la discussion en disant quelque chose du genre « en fait on a toujours fait comme ça » méfiez-vous. Certaines de vos prochaines remarques, qui vous sembleront beaucoup plus importantes, ne seront probablement pas même écoutées.
- Certaines décisions qui vous apparaissent importantes sont-elles prises de manière unilatérale ?
- Si l’on vous dit « on a toujours travaillé comme ça avec nos auteurs » sur un point qui vous semble important, je tenais à revenir là-dessus, pensez bien que vous ne faites pas ce métier pour être considéré comme tout le monde.
Chaque collaboration fait l’objet d’une discussion, d’une négociation, de concessions de part et d’autre, mais l’expression « contrat-type » en elle-même ne signifie rien du tout.
Si c’est ainsi, un autre illustrateur/auteur aurait fait l’affaire : vous êtes donc remplaçable.
Faites-vous ce métier pour être remplaçable ? - De même, n’acceptez jamais les essais du genre « on essaie plusieurs personnes et on verra celle qui nous convient le mieux« .
Je suis désolé mais il n’y a que deux alternatives :- un éditeur veut travailler avec vous parce que vous êtes particulier auquel cas il peut vous faire passer un essai et changer pour quelqu’un d’autre si cela ne convient pas
- un éditeur n’est pas sûr de son choix entre plusieurs personnes ? Il prend sur lui d’établir une liste des illustrateurs dans un ordre de priorité.
Iriez-vous dire à trois personnes du sexe opposé « bon je vous essaie cette semaine et je garde la plus intéressante à la fin de la semaine » ??
Pour moi, c’est pareil. Il y a un minimum de respect à imposer, si cela ne vous est pas accordé de manière naturelle. Ce doit être une histoire d’orgueil, ou de simple bon sens.
Conclusion
Il y aurait bien d’autres points à aborder, mais je pense que l’aperçu est assez parlant.
Vous ne travaillez pas « pour » un éditeur mais « avec » un éditeur.
Si vous devez lui prouver la valeur de votre travail, il doit vous prouver qu’il est compétent pour valoriser votre ouvrage de la meilleure des manières.
Soyez exigeants, prenez de ce métier tout ce qu’il y a à prendre sur le plan humain, financier, profitez de tout. Mais surtout, ne vous laissez pas enfermer dans une condition défavorable : maîtrisez vos choix et votre carrière, entourez-vous de personnes qui méritent que vous vous dépassiez pour elles, ne travaillez pas pour un rêve flou mais pour de vrais éléments qui peuvent contribuer à votre épanouissement personnel : du respect, de l’estime, des rencontres, et une rémunération aussi élevée que possible.
Lorsque vous travaillez vous donnez de votre temps. Ce temps est précieux : autant de temps que vous ne passerez pas à jouer avec vos enfants, à gagner de quoi payer votre loyer, à vous détendre, à voyager, etc…
Je vous conseille donc de ne pas le brader, il faut que vos efforts en vaillent la peine.
Trouvez un éditeur qui saura être à la hauteur, et avant tout respectez votre travail.
Edit : Un article très intéressant proposé par Zeb qui pose la question : Pourquoi la politique salariale des métiers de l’infographie en France est-elle au point mort ?
Je cite :
Je suis toujours frappé par le manque d’informations des nouveaux venus dans le métier concernant les conditions de travail et les prétentions salariales (c’était mon cas à l’entrée sur le marché). A ce titre je conseille à tous de jeter un oeil sur la convention collective qui régie le secteur et aligne une grille de salaires minimum suivant les secteurs du métiers. Cette convention est étendue donc applicable a tout le secteur.
Convention collective de la production de films d’animation
Il est décisif de ne JAMAIS accepter d’offre inférieures à celles préconisées dans ce document, et encore je trouve ces salaires minimum très bas. Que ce soit dans l’intermittence ou dans le salariat accepter une rémunération extrêmement basse c’est creuser sa tombe, jusqu’à ne plus pouvoir envisager la revalorisation de son salaire sous peine d’être remplacé par quelqu’un de moins cher.
A quand l’infographiste qui paiera une boite pour avoir la chance de faire partie de la liste des crédits a la fin d’un film ?
Thèmes abordés :
- Le tabou de l’augmentation
- La création d’un syndicat pour la profession concernée (infographie, animation)
Il y a des professions qui s’organisent, et de notre côté on se demande encore s’il est honnête de demander de l’argent pour un métier « qui nous passionne tant ».
Mmm…
Otis Redding – Try a little tenderness

merci pour cette expérience, ce dernier article nous sera très très utile !! contente de vous lire a nouveau …
Gwenaëlle
c’est toujours agréable de se faire rebattre les oreilles dans ce sens-là!
j’ai toujorus pensé la même chose, et suis « connue » chez certains éditeurs pour celle qui proteste et mobilise les autres illustrateurs… pourtant, avec deux enfants et dans des moments creux, il m’est arrivé d’avoir vraiment le couteau sous la gorge et d’accepter faiblement certaines conditions humiliantes… je n’ai pas aimé, et pourtant je n’avais pas vraiment le choix…
la photo de « l’église » de scientologie est-elle nécessaire???
Gwenaëlle > merci, content de savoir que vous êtes toujours dans le coin
Sissi minanaä > comme je l’avais déjà écrit dans un de mes articles, c’est lorsque j’ai commencé à être exigeant que je me suis senti affirmé. J’ai aussi commencé à apprécier le fait de déranger certaines personnes.
(et je vous réponds très bientôt par email)
Protestons et mobilisons ensemble
Pour la photo, il ne faut rien y voir de l’ordre de la propagande : j’aime le côté « casino » associé au titre « choisir un éditeur » (quitte ou double, on gagne gros ou on perd tout) et le contraste entre la boutique de gauche et celle de droite. La question qui m’est venue à l’esprit est : qui s’est installé en premier?
merci d’être passé nous motiver sur ce sujet
c’est ce qui me fait le plus peur…
Désolée de jouer les troubles joie, mais je suis assez sceptique… Nul n’est irremplaçable. Je voudrais faire ce boulot parce qu’il me plaît à moi, et si un éditeur veut bien me faire confiance, je considérerai cela comme une chance.
Plus tard, quand notre simple nom déplacera les foules ^^, on pourra réévaluer le rapport de force… Mais pour une première signature, je ne pense pas qu’on puisse vraiment faire les difficiles :-/
Zabelle > Je crois qu’il faut se tranquilliser avec tout cela.
Petit à petit, l’assurance viendra. J’en suis certain.
Alice > tu as bien raison de faire valoir ton opinion, tu ne joues pas les « troubles joie » du tout
Nous sommes d’accord sur le fond : il est parfois des contraintes qu’on ne peut contourner et auxquelles on doit plus ou moins se plier.
Toutefois, j’aime pousser les gens à viser haut pour avoir de la marge en cas de négociation difficile.
On voit trop d’artistes viser bas parce que « c’est un métier difficile » avant même d’avoir tenté quoi que ce soit. Un niveau d’exigence plus élevé de la part de la majorité des artistes permettrait, je pense, de revendiquer des revenus plus élevés.
Là où nous ne sommes pas d’accord, c’est le moment auquel on peut affirmer notre position et tenter d’établir un rapport de force. Pour moi, le plus tôt est le mieux (travaillez un jour pour 0€ et vous travaillerez toujours ainsi, c’est ce que je pense) mais je ne dis pas que mes articles sont « la » vérité. C’est ce que je pense, je m’appuie sur mon expérience et l’analyse de la situation de plusieurs de mes confrères. C’est une conviction.
Pourtant, je ne prétends pas que cela conviendra à tous.
Mais j’avoue que je ne considèrerai jamais que c’est une chance qu’un éditeur me fasse confiance. La confiance ça se gagne. Et ce, des deux côtés. La contre-partie est primordiale. C’est peut-être mon côté entrepreneur qui prend le dessus, mais je considère que les éditeurs eux-mêmes sont chanceux d’avoir à disposition une main d’œuvre aussi passionnée, qualifiée, et peu chère.
Je crois enfin que la chance n’a rien à voir avec tout cela, qu’il existe un chemin, des marches à gravir, et que chaque décision peut nous rapprocher du succès ou nous en éloigner. Il n’y a pas de place pour la chance pour moi (mais encore une fois je ne veux pas imposer ma vision des choses), plutôt que de chance je parlerais d’opportunités.
Enfin, nous sommes bien d’accord sur le point suivant : quelle que soit la manière d’envisager ce métier, tous les choix sont difficiles à prendre.
Je suis juste un peu plus offensif, peut-être plus actif ou innovant dans ma manière de faire, j’essaie d’anticiper toutes les contraintes que l’on pourra m’opposer.
Je ne suis pas rigide, mais il y a certains points que je tiens à défendre aussi ardemment que possible.
Je suis conscient que cela me ferme des portes, et m’en ouvre d’autres. Et dans mon cas la différence est à mon avantage.
Bienvenu á nouveau! Ca va? Tout va bien?
Moi aussi, comme les autres, merci bien tes conseils.
En retournant á ton exposition…les causes…
Je pense que parmis de nous il y’en a qui peuvent travailler seul et qui a toujours besoin d’aide et qui avait confiance de Toi. (ce n’est pas une accusation!, seulement je cherche les causes) Ou c’était Toi qui avait donné leur motivation…
Cette période, de laquelle tu écris était trés difficile pour moi. Les pratiques dans la domaine de l’édition hongroise et francaise sont trés différentes. J’ai envoyé des lettres mais encore aujourd’hui non plus, je ne sais pas comment est une lettre idéale destinée á un éditeur. Je suis contente que j’avais pu compter aux autres, ici je remercie votre aide (surtout á EZRA!) á propos de la choix. Enfin ta volonté a été réalisée, les participants peuvent coopérer.
Mais j’ai parlé de moi…merci á nouveau!
Á bientót!
Le tout est de bien savoir ce que l’on est prêt à sacrifier et ce qu’il est impossible de sacrifier. Personnellement, j’ai mis 10 ans à bien connaître mes limites de sacrifices. Aujourd’hui, quand je prends, elle est ferme et je n’éprouve aucun remords.
Dire non à un éditeur…Ce n’est pas facile, mais dire oui à tout va et se retrouver à faire des choses que l’on n’aurait pas voulu : ex : revoir entièrement son style, changer la couleur d’un personnage…Je ne crois pas que cela soit épanouissant ! Et je pense que cela peut même finir par un bon ulcère :
ange, tu fais bien de nous parler de choses qui dérangent, notre profession vit trop en marge de la réalité et ce que les salariés des entreprises vivent au quotidien (travailler plus pour gagner moins, avec plus de pression et moins d’épanouissement), les artistes le vivent aussi sans même le savoir car, ils travaillent seuls et les patrons font d’eux ce qu’ils veulent.
Au fait: est-ce qu’il existe une convention des métiers de l’édition et où la trouver ?
Ojni: Je te trouve très courageuse…Démarcher dans une langue qui n’est pas la sienne, cela force le respect. Bonne chance !
Voici le lien de notre convention collective:
http://www.sne.fr/pdf/ConventionCollective.pdf
Tu as raison Ange : le mot « chance » m’a échappé
Disons que je considérerais comme une chouette opportunité qu’un éditeur accepte de me faire confiance… Tout comme je suis d’accord que c’est une chouette opportunité pour un éditeur de travailler avec des troupes aussi motivées
Ceci dit, une première signature (voire une seconde) est aussi un risque pour eux… Considérer son éditeur comme un partenaire c’est aussi être capable de prendre en compte ses propres contraintes.
Car sur les 95% restant, ils n’en prennent eux-mêmes qu’une toute petite part… Sinon, je me lance dans l’édition ^^
Ojni > comme Ezra, et ayant moi-même démarché au Japon dans une langue que je ne connaissais pas à l’époque, je reconnais que tu fais preuve de beaucoup de motivation.
Et comme tu le dis, au-delà de la langue, il y a des différences culturelles, des différences de marché, etc…
J’espère que tout ce que tu trouveras ici pourra t’aider.
Ezra > Merci pour ce lien, je le remettrai mieux en avant dans un article prochain. La convention date des années 2000, et je n’en avais que très peu entendu parler.
Parce que nous sommes bien plus dociles lorsque nous sommes ignorants
Alice > Contrairement à ce que l’on peut penser, mis à part pour de petits éditeurs, il n’y a aucun risque pour un éditeur à choisir un auteur pour une première signature :
- tout d’abord, un éditeur est très professionnel et a une obligation de résultat : chaque décision est mesurée, réfléchie, validée par des comités de lecture, par plusieurs DA différents, par le service marketing, etc….
De plus, avant de s’engager et de signer quoi que ce soit, il te demande des preuves de professionnalisme fortes.
Plus que quiconque, un éditeur est conscient de l’investissement qu’il fait lors de chaque collaboration : s’il te contacte, s’il désire travailler avec toi, c’est qu’il a déjà évalué tous les paramètres qui lui permettent de savoir si cette collaboration sera rentable ou non. Il reste toujours des imprévus, mais le travail d’un investisseur est de s’assurer de garanties nécessaires à la prise de risques minimum.
- Chez un gros éditeur la loi de Pareto (20/80) (en faisant un raccourci) prévaut : 20% des publications (valeurs sûres) rapportent près de 80% des revenus. Il s’agit par exemple de Tintin, Martine en jeunesse chez Casterman (enfin, je n’ai aucune information précise mais c’est pour donner une idée de ce que peut être une série phare pour un éditeur).
Ainsi, il s’appuie sur ces valeurs sûres pour essayer de lancer de nouveaux auteurs (risque minimum, et peut-être la découverte d’une nouvelle perte en termes de rentrées financières).
En résumé, même en cas d’échec sur une nouveauté, les risques sont déjà couverts.
Si je respecte beaucoup les éditeurs, c’est qu’ils fonctionnent justement comme une entreprise et que chaque décision doit être prise en tenant compte de désirs artistiques et de besoins de résultats.
Je considère mon éditeur comme un partenaire à partir du moment où je connais ses contraintes mais aussi et surtout ses objectifs.
Ce n’est pas une situation qui laisse de la place à la compassion ou à l’empathie : s’ils le pouvaient (et ils le peuvent) ils feraient travailler les gens gratuitement.
Je crois que nous ne sommes pas en position où nous devons faire des efforts pour les comprendre. A 5% de droits, les efforts que je fais sont plutôt pour moi.
Qu’ils rognent sur leur marge, ou qu’ils négocient de manière plus agressive avec leurs autres partenaires me convient mieux.
5%, c’est juste misérable et humiliant.
Voilà mon avis.
Enfin, même s’ils ne prennent qu’une « toute petite part » des 95%, ils se réservent tout de même le droit de négocier avec nous mais avec tous ses autres partenaires (mais c’est juste normal : entreprise-rentabilité) ce que nous nous interdisons de faire parce que nous avons pris l’habitude de croire que nous ne faisons pas le poids.
Les éditeurs ne nous plaignent pas (sinon ils augmenteraient nos droits de manière spontanée) et je ne les plains pas.
A chacun de défendre ses intérêts.
Coucou Ange,
Contente de voir que tu es de retour.
De mon côté, j’ai mis une pause au projet. J’ai un mémoire à rendre dans deux mois, donc je dois m’y consacrer.
Je me suis arrêtée à la colorisation de la deuxième illustration.
J’attends de voir ce que je fais cet été côté boulot…pour pouvoir m’organiser et je verrai quand je pourrai reprendre le projet qui n’est absolument pas abandonné. En revanche pour le défi sur un mois, bein c’est un peu loupé mais tant pis.
Voilà, en tout cas bravo à ceux qui ont mené à bien ce projet-défi!!!
Ravie de te voir de retour, j’espère que ce que tu avais à faire s’est bien passé. Je suis d’accord avec ce que tu dis sur le fond (ça a l’air d’être habituel, nous avons des valeurs sensiblement similaires ^_^), c’est important de valoriser son travail et de se créer un cadre de travail épanouissant. Sinon, autant faire un métier alimentaire et dessiner en guise de loisir.
(Peut-être nous sommes-nous croisés mais pas à Toulon, je vais plutôt aux festivals de l’Ouest et à Paris. A quand une prochaine rencontre ?)
Je pense que tu confonds un peu éditeur avec employeur.
Or en freelance, un éditeur est un client.
Cela signifie que les lois d’offre et de demande et de libre concurrence sont de mise entre illustrateurs.
Si pour 2 travaux de qualité équivalente, un illustrateur vend ses services moins chers, c’est logique que l’éditeur choisisse le moins cher.
S’il veut une qualité supérieure, le client paye plus.
Comme dans les autres secteurs, les fournisseurs (ici les illustrateurs) ont toujours essayé d’aligner les prix entre eux.
Mais ce n’est pas se dévaluer que de faire baisser les prix. Le client qui paye sait que s’il paye moins cher, le produit sera moins bon (ou alors il y a une offre promotionnelle qui va fidéliser le client).
Le tout est de ne pas baisser les prix de façon à ce que l’activité ne soit plus rentable (sauf dans l’offre promotionnelle sus-citée).
C’est aussi pour ces raisons qu’un illustrateur débutant propose ses services moins chers, parce que expérience = qualité = prix plus cher
De plus, chacun travaille à sa manière, si je fais mes 12 illustrations en 2 semaines, j’accepterai facilement l’avance de 750 euros que me fait l’éditeur, puisque c’est rentable pour moi. La vitesse d’exécution peut aussi être un avantage concurrentiel.
Je conseille à tous les gens qui veulent se lancer dans ce métier de faire sérieusement une étude de marché, et de se documenter sérieusement sur le milieu via la maison des artistes, l’agessa et les divers forums de graphistes que l’on trouve sur Internet.
Jo > il est possible que je relance un autre projet dans les mois qui viennent.
Rosalys > Non, je n’ai pas réglé mes histoires et je suis présent sur ArtisteZen pour ne pas laisser s’essouffler l’élan de motivation que j’ai senti par chez vous.
Mais je ne serai pas très présent dans les jours/mois, c’est certain. Je fais de mon mieux pour rédiger quand j’ai un peu de temps.
Pour Cartoonist, je pensais à quelques années en arrière mais j’ai certainement confondu. Car depuis, je ne vais pas du tout en convention. On se croisera peut-être sur un salon (Montreuil peut-être, mais je n’aurai pas d’actualité en novembre) ou ailleurs!
Audie > Bonjour Aude et bienvenue!
Merci d’avoir développé, mais je ne pense pas que mon texte laisse croire que je puisse confondre éditeur avec employeur, bien au contraire.
A partir du moment où je recherche le partenaire qui me convient le mieux, à partir du moment où j’essaie d’imposer mes tarifs après avoir été contacté, je ne pense pas que cela laisse place à la confusion.
Mon texte essaie de développer une vision que j’aurais aimé connaître lorsque j’ai commencé (parce que pour moi elle porte ses fruits).
Là où je ne suis pas d’accord (sans dire que j’ai raison bien entendu) :
- les illustrateurs ont toujours essayé d’aligner les prix entre eux A partir du moment où certains travaillent gratuitement, et d’autres au contraire essaient de faire monter les prix autant qu’ils le peuvent (et j’en fais partie) je ne comprends pas cette remarque.
Pourtant tu parles d’offre, de demande et de libre concurrence au dessus?
- C’est logique que l’éditeur choisisse le moins cher On est d’accord sur ce point mais mon texte ne dit pas qu’il ne faut pas travailler « peu cher ». Je dis qu’il faut toujours veiller à être rentable et, vu qu’il faut un minimum de temps pour réaliser des illustrations (même en allant très vite) il est nécessaire d’apprendre à négocier des prix à la hausse.
Il n’y a pas de logique à ce qu’un éditeur choisisse le moins cher, sauf si l’investissement financier minimum est le seul paramètre qui importe pour lui.
Mais je pense que c’est un choix rarement pertinent et que l’affaire peut s’avérer contre productive à cause de beaucoup d’autres paramètres. Mais je ne t’apprends rien.
- dans les faits, je trouve que l’équation expérience=qualité=prix plus élevés ne se vérifie que rarement
Après plus de 20 ans de carrière certains auteurs ont encore du mal à gagner leur vie et c’est une tendance très répandue.
- enfin, je ne vois rien de négatif à dire aux débutants, étant donné que ce sujet n’est que rarement abordé ailleurs, d’apprendre à négocier et à se valoriser. Une entreprise n’attend pas d’avoir dix ans de vécu pour fixer ses prix. Elle fait son étude de marché, valorise ses produits, communique de manière efficace, annonce un prix.
A-t-on vu des clients fixer un prix pour un produit?
Ils annoncent leur budget, mais tu fixes un prix.
Et bien sûr, ils décident en conséquence (accord ou pas).
Et cela va exactement dans le sens ce que je dis : il nous faut fixer un prix et faire en sorte qu’il soit accepté.
Sinon, négocier et trouver un compromis favorable.
Donc non, encore une fois je ne pense pas que je confonde éditeur et employeur (alors que c’est bien le contraire que j’essaie de faire passer auprès de mes lecteurs, ne pas être en attente de quoi que ce soit, ne pas être à disposition).
Et je finis en appuyant ton dernier conseil (étude de marché, documentation sur le marché de l’édition, se rapprocher des partenaires que sont la maison des artistes et l’agessa….) ce sont des thèmes que j’avais déjà abordés (un petit peu) sur ArtisteZen mais il est toujours important de le rappeler.
Merci de partager ton expérience
bonjour je n ai pas fait attention aux dates mais j espere que vous etes encore sur ce cite voila je chercheun editeur et j ai plus façile de faire lire mon oeuvre par email est cxe que les editeurs acceptent de leurs faire connaitre le contenu du livre que j ai ecris par email? j aimerais avoir m photo derriere et dans les couleurs quej aime est ce possible , il y a ausi que mon premier livre et les uivants ( esperant qu ils y aura d autres livres de ma part ) est ce qu on peux faire des livres differents pour le meme editeur ? comment savoir si d autres personnes n ont pas edité le meme livre quemoi ? j aimerais edité mes livres en plusieurs langues qui va s en occupé ? comment je vais savoir si l editeur est honnete ? comme j ai pu comprendre on dois payé avant qu on edite un livre comment savoir si on n est pas arnaqués ? comme ausi jeviens de lire il faut ( si j ai bien comprit ) » autant de livres a faire edité par mois mais combien de livres faut il ? un contrat ca consiste a quoi ? mit a part d edité que pour la maison d edition choissie ? merçis a vous et a toutes personnes qui va m aidés amitiés de choupy
Bonjour Ange,
Peu à peu je muris mon projet et toute cette phase de réflexion prend du temps c’est sur!
Pour en revenir aux éditeurs, tu n’as pas évoqué les éditeurs en ligne où on peut concevoir son propre album exactement comme on le souhaite. Bien évidemment ces services sont payants, mais pas exhorbitants je crois. N’y a-t-il pas un intérêt quand on débute pour prouver que l’on peut monter un projet, proposer un style…? Bien sur pour gagner sa vie il faut pouvoir passer à autre chose très vite mais je n’ai pas ce recul. Qu’en pensez-vous?
Tam
Bonjour Tam,
Je ne pense pas vraiment.
Il est important que l’éditeur à qui tu proposes un projet sente que tu l’as choisi car tu connais ses collections, car tu penses avoir envie de travailler avec lui, et que le projet soit assez flexible afin qu’il puisse apporter ses propres idées et son expérience.
L’éditeur n’est pas un imprimeur, (ni un employeur) : c’est un partenaire, un client, avec qui tu envisages de t’associer afin que vous travailliez ensemble pour le bien de ce projet.
Ce n’est plus « ton » projet, mais un projet commun.
Si tu viens avec un projet fini (ou qui a l’air fini, dans sa présentation) cela peut être perçu comme une affirmation : « je souhaite que mon projet se présente sous sa forme finale, de cette manière là ». Ce qui laisse peu de place à la discussion.
L’éditeur est suffisamment professionnel pour comprendre le potentiel de ton projet même sous forme de simple dossier. Au contraire même, cela laisse de la marge pour améliorer les choses ensemble.