Préparer le salon du livre de Montreuil  27 oct.08

Préparer le salon de Montreuil
timtom.ch sur Flickr

Opportunité

Le salon du livre jeunesse de Montreuil aura lieu cette année du mercredi 26 novembre au lundi 1er décembre 2008.

Ce salon est une réelle opportunité pour les illustrateurs qui souhaiteraient se faire connaître auprès des éditeurs.
Il existe d'autres alternatives (prise de rendez-vous tout au long de l'année avec les éditeurs) mais c'est tout de même une expérience à ne pas négliger.

J'ai donc rédigé cet article pour partager, si cela peut être utile, quelques petits retours d'expérience.
Cet article sera découpé en deux ou trois parties qui seront publiées mercredi et peut-être samedi.

Cela fait quelques années que je me rends sur ce salon, pour y rencontrer des éditeurs ou pour dédicacer certains de mes albums : j'espère que ces notes vous seront profitables.


Ma petite expérience

Tikiko par Ange Andrianavalona
Tikiko, Ange Andrianavalona. Ed. Casterman.

Loin de moi l'idée de parler de "moi" mais les témoignages peuvent parfois être intéressants.
Voici donc une vue d'ensemble de mon expérience à Montreuil, et l'évolution de ma démarche.

  • La première année où je me suis rendu au salon du livre jeunesse c'était uniquement pour avoir un premier contact avec le monde de l'édition. Je n'avais aucune expérience (2003).

    Sans attente particulière, je voulais me faire une première idée de ce petit monde, savoir si ce métier pourrait m'intéresser. Je n'avais jusque-là aucune intention particulière de créer des livres, que ce soit pour adultes ou pour enfants. Mon book était un simple porte-documents au format A4 (noir, sobre, pochettes plastifiées sans spirales).
    J'y avais mis une sélection des illustrations réalisées pendant l'année. Celles qui me semblaient les plus réussies, et quelques pages de crayonnés.

    Ma démarche était peu construite. Je n'avais aucun projet à présenter car je ne savais pas à qui j'allais m'adresser ni ce que j'avais à défendre. A cette époque les rencontres avec les directeurs artistiques se déroulaient au premier étage.
    Dans le couloir d'attente, j'ai été pour la première fois confronté à d'autres illustrateurs. Etant autodidacte, j'ai tout d'abord observé autour de moi : la majorité des personnes semblaient être issues d'écoles.

    Portfolio grand format, logo représentant l'école, assurance (relative, j'y reviens plus tard).

    Premier conseil aux autodidactes : ne pas se sentir dévalorisé.
    J'aime m'adresser aux autodidactes car j'en fais partie, et on est souvent oubliés. Il me semble pourtant que nous constituons une bonne partie des illustrateurs en activité ou en devenir.

    Soyez donc rassurés sur un point : votre manque d'expérience ne posera aucun problème incontournable.

    • Le fait que vous ne soyez diplômé d'aucune école ne vous nuira pas.
    • La taille de votre portfolio n'a que peu d'importance.
    • Le fait que vous ne connaissiez personne (sentiment de ne pas faire partie d'un groupe) ne doit pas vous arrêter en quoi que ce soit.
    • Le fait que vous rencontriez un éditeur pour la première fois ne doit pas vous intimider : derrière la porte il y a simplement une personne qui souhaite vous connaître mieux, qui tentera de percevoir en vous et votre travail des arguments qui méritent d'être valorisés, et qui cherchera à savoir si une collaboration peut être enrichissante pour vous et lui.

    Soyez assuré, fort, représentez votre travail avec humilité mais aussi avec fierté. Ce qui fera la différence, c'est ce que vous pouvez apporter à un éditeur. Beaucoup d'illustrateurs se présentent d'une manière totalement inadaptée : "je suis débutant, je suis prêt à tout pour être édité, si vous me choisissez je serais tellement heureux et reconnaissant".

    Présentez-vous ainsi et vous serez plutôt considéré comme un boulet. Je n'étais pas vraiment préparé, pourtant j'ai décroché quelques commandes "immédiates" en presse (ce qui a abouti à une vingtaine de publications au final).
    J'ai compensé mon manque d'expérience par ma pertinence : j'ai ciblé très peu de personnes mais j'ai ciblé les bonnes et j'étais prêt. Prêt pour ces rendez-vous, mais pour rien d'autre.
    Il faut simplement retenir que chacun à son niveau peut obtenir des résultats susceptibles d'être considérés comme satisfaisants.

    • La deuxième année (2004) je suis revenu du Japon quelques semaines dans le but de proposer le projet Tikiko.
      Je ne serais pas parti du salon sans réponse positive.

      J'étais mieux préparé, je connaissais mon projet par coeur, ce projet me passionnait : je pense que cette passion a été communicative.
      De plus, fort d'une expérience à l'étranger, je pense qu'inconsciemment je suis apparu comme quelqu'un d'affirmé, d'intéressant.

      Tout autant que ma connaissance du métier, de mon interlocuteur, des collections, mon assurance, ma manière de présenter mon travail.
      C'est comme dans toute relation : on aime travailler/échanger avec des gens de valeur, qui nous permettent de nous enrichir, car le fait de les côtoyer de manière régulière nous suggère inconsciemment que nous pouvons nous attribuer ces qualités que nous leur prêtons.

      Soyez intéressant, réellement ou en apparence, et vous attirerez toujours des personnes réceptives à vos qualités, et qui seront elles-mêmes intéressantes à vos yeux. Sachez tout de même que si vous n'êtes pas intéressant dans la vie il vous faudra bien régler cela un jour ou l'autre.

      [ Chacun a sa définition d'"intéressant", vous pouvez éventuellement évaluer cela par rapport à votre degré d'attractivité et à l'attention et l'écoute que vous prête votre entourage. ]

      C'est en cela que vos démarches doivent toujours se faire en parallèle d'une recherche constante de développement personnel.
      Veillez, avant toute autre chose, à toujours être cohérent dans votre démarche.

      Que vous soyez débutant ou pas. C'est LA clé du succès (le succès est relatif à vos objectifs bien sûr).
    • En 2005 je n'ai pas démarché : c'est probablement à cette époque que j'ai compris que démarcher à Montreuil était loin d'être la seule solution pour être édité, premièrement , et que ce n'était certainement pas la plus efficace.
    • En 2006 et 2007 j'ai dédicacé mes albums Tikiko sur le stand Casterman. Je n'ai pas démarché.
    Mon bilan
    • être présent lors des salons m'a permis de gagner en expérience
    • j'ai lié des contacts réels avec plusieurs auteurs/illustrateurs/éditeurs
    • ma présence a réellement eu un impact positif : premières publications en presse, publication de ma série Tikiko, contacts avec d'autres éditeurs que je maintiens depuis des années même si nous n'avons pas encore travaillé ensemble

    Voici donc les effets positifs dont un débutant peut espérer bénéficier s'il s'organise de manière efficace pour le salon du livre jeunesse de Montreuil, et s'il démarche également de manière sérieuse tout au long de l'année.

    Voici maintenant quelques petits conseils pratiques pour ne pas perdre votre temps : les journées passent vite, il y a beaucoup de monde, les allées sont bruyantes. Si vous ne prenez pas un minimum de dispositions vous serez bien vite fatigués et passerez à côté de réelles opportunités.

    1. Optimisez vos journées

    Optimisez vos journées
    Eole sur Flickr

    • Dès le premier jour, récupérez le programme du salon (dédicaces, conférences, expos, rendez-vous, rencontres avec d'autres illustrateurs-auteurs)
    • Il est intéressant de parcourir le salon pour sentir les tendances actuelles ou émergeantes (formats privilégiés par les éditeurs, thématiques, styles graphiques et littéraires). Pour le faire de manière relativement tranquille, évitez le mercredi et le week-end : trop bruyant, trop d'enfants, trop de classes de collégiens.

    2. Développez votre réseau

    Développez votre réseau
    Nod Young sur Flickr

    La plupart des auteurs-illustrateurs passent l'année relativement seuls. Le salon du livre jeunesse de Montreuil est l'occasion de rencontrer d'autres personnes passionnées par le même métier, ça peut-être l'occasion d'échanger à propos de vos techniques, difficultés et joies, autour d'un café.

    Si beaucoup percevront ceci comme une manière d'étendre leur réseau de connaissances amicales, n'oubliez pas qu'il s'agit aussi d'une réelle opportunité de lier des partenariats ou même de questionner des professionnels plus expérimentés.

    Je vous propose donc de provoquer ces opportunités : si vous désirez rencontrer quelqu'un, un auteur, un illustrateur, un libraire ou toute autre personne, n'hésitez pas à le lui faire savoir : contactez-le par le biais de son site internet, soyez direct ("je vous écris car..... cela serait enrichissant pour moi car..... si cela peut vous intéresser, dans un cadre sympathique, j'en serais ravi") et proposez une rencontre. Encore une fois, provoquez ces opportunités.

    Si vous souhaitez simplement lancer une invitation générale, du genre "libre le samedi matin sur Montreuil, je donne rendez-vous aux illustrateurs-auteurs qui souhaiteraient partager un café", je mets en place une page dédiée.

    Vous pouvez y laisser votre annonce : vous pouvez en parler autour de vous, autant centraliser ce genre d'annonces. Si des habitués de Montreuil pouvaient donner l'adresse d'un café/bar/restaurant sympa, qui pourrait servir de lieu de rendez-vous, merci de nous en faire profiter.

    3. Réussir son salon

    Déléguer lorsque l'on travaille seul
    Shutterhack sur Flickr

    Il convient tout d'abord de bien définir vos objectifs, évaluer leur faisabilité et leur pertinence. Vous souvenez-vous de la méthode SMART?

    Exemple, "je me rends cette année à Montreuil car je souhaite" :
    • lier des contacts professionnels avec certains éditeurs jeunesse (Spécifique)
    • revenir chez moi avec un minimum de x contacts positifs, y prises de rendez-vous précises, z commandes d'illustrations (Mesurable)
    • A défaut d'autre chose, il me faut recueillir le plus d'avis possible de professionnels sur mon portfolio afin de pouvoir m'améliorer et mieux préparer mon prochain salon du livre jeunesse (Atteignable)
    • Le contexte est très compétitif, les éditeurs rencontreront peut-être plus de 40 illustrateurs (parfois beaucoup plus) sur toute la durée du salon, il me faut me différencier pendant un court laps de temps et donner envie à mon interlocuteur l'envie de me revoir dans les délais les plus brefs sinon je serai oublié (Réaliste)
    • Si l'éditeur semble intéressé par mon travail et qu'il me propose de le recontacter, il me faut obtenir une date assez précise ("Quand cela vous arrangerait-il?"). S'il semble un peu intéressé mais pas au point de vouloir me rencontrer pour un deuxième rendez-vous, il me faut demander "A partir de quand puis-je vous écrire pour vous inviter à visiter mon portfolio à nouveau?" (Temporel)

    Une petite astuce : en fin d'entretien, on se dit toujours "Mince j'aurais dû lui demander ceci, j'aurais dû faire cela".

    Notez toutes ces questions sur une feuille. Essayez d'imaginer la situation. Pensez à vos entretiens passés. Profitez de chaque minute lors de votre rendez-vous pour valoriser votre travail ou pour essayer de comprendre en quoi il pourrait être plus intéressant aux yeux de votre interlocuteur.

    Au-delà des objectifs qui vous sont spécifiques, vous pourrez avoir la sensation d'avoir réussi votre salon si vous vous attachez à accomplir les objectifs suivants :

    • lier des relations professionnelles et/ou amicales
    • vous imprégner des tendances de l'édition
    • en repartir avec une motivation accrue. Surtout, ne pas repartir démotivé avec une quelconque sensation d'échec : si vous avez bien lu le paragraphe ci-dessus, vous trouverez toujours une manière de vous sentir en réussite. Si ce n'est pas en 2008, votre succès viendra en 2009 ou plus tard. Entretenez votre persévérance, ménagez votre monture, aménagez de petits succès à hauteur de vos moyens.

    Note concernant les autodidactes et les étudiants diplômés

    La première chose qui aurait pu me déstabiliser lors de mon premier salon, c'est le fait de n'être qu'autodidacte.

    J'ai craint la question :
    De quelle école êtes-vous diplômé?

    Je tiens donc à rassurer les autodidactes : votre réponse a peu d'importance. Vous avez autant de chance en tant qu'autodidacte que si vous étiez diplômé de toute autre école.

    Par contre, il vous faudra faire preuve de bien d'autres qualités pour compenser les manques dont vous souffrirez inévitablement.

    J'envie les personnes qui ont eu la possibilité d'étudier auprès de grands professionnels, pédagogues, qui ont bénéficié de cours leur permettant de développer des compétences diverses.

    Je reconnais que ces formations sont indispensables à qui veut évoluer rapidement.

    Pourtant, je suis aujourd'hui persuadé qu'il faut avoir vécu hors du système scolaire pour comprendre et assimiler ces cours de la meilleure des manières.

    Il manque à beaucoup des étudiants quelque chose de fondamental : l'expérience, et l'ouverture.

    L'enseignement scolaire ne vaut rien sans expérience de la vie, et "l'expérience de la vie" ne vaut rien sans un travail acharné pour acquérir les bagages techniques nécessaires à une bonne expression de soi au travers des arts.

    Comment voulez-vous avoir quoi que ce soit d'intéressant à raconter si vous ne vous êtes jamais trouvés confrontés à une multitude de situations diverses?

    Je reconnais donc que les formations me paraissent très très intéressantes, qu'il est probable qu'une majorité des étudiants diplômés en sortent avec un bagage technique énorme et une sensibilité particulière, je suis le travail de ceux-ci très régulièrement et je suis d'ailleurs très admiratif de ce qu'ils font (certains se reconnaîtront je l'espère). Pourtant l'expérience me fait dire que beaucoup d'autres sont des techniciens hors pair qui n'ont pas au-delà de ça grand chose à dire.

    Bref.

    Je ne veux pas dévaloriser qui que ce soit, je souhaite simplement relativiser l'importance du cursus scolaire face au vécu pour rassurer les autodidactes dont je fais partie.
    Ce que je veux dire aux autodidactes c'est donc qu'il faut être conscient de vos lacunes mais que vous partez sans handicap si vous savez valoriser votre expérience de la vie, votre identité.

    Parce que c'est ce qui fait la richesse d'un artiste.

    Je termine en précisant quelques mots concernant la majorité des étudiants diplômés (ou pas) : à ceux qui ont su allier technique et convictions, qui ont absorbé ce qui leur a été enseigné tout en gardant une ouverture et une curiosité immense, à ceux qui ont cette chance d'être talentueux, uniques et techniques, sachez que votre travail est une source d'inspiration pour tous.

    A côté de ceux-là j'aurais aimé que certains autres étudiants fassent preuve d'un peu plus d'humilité, en tous cas ceux que j'ai croisés lors de certains salons m'avaient assez irrité.

    fin de la première partie

    Voilà donc quelques pistes de réflexions pour organiser votre salon et vous préparer mentalement.

    Mercredi dès 21h je publierai la deuxième partie de cet article :

    Comment bien préparer votre portfolio pour le salon de Montreuil?

    Si vous avez des questions concernant les sujets abordés dans la première partie de cet article, n'hésitez pas à les laisser dans les commentaires.

Par Ange, le 27 octobre 2008   Communication, relations humaines, Opportunités
19 Commentaires  [ Commenter ]
  1. 28 octobre 2008. 8:34 | Permalink

    Bonjour Ange !

    Ton article me semble très intéressant et utile à tous ceux qui iront à Montreuil . Quel partage généreux et objectif qui devrait faire gagner du temps et sans doute de l’assurance aux illustrateurs qui vont présenter leur book et rencontrer des DA mais aussi aux autres.
    J’imagine tout à fait ce que cela peut être en lisant ton article. Je partage aussi pleinement ton avis sur les écoles d’art et ce qu’ellles apportent certainement à ceux qui ont la chance de suivre leurs cours.

    La description de tes différentes expériences à Montreuil m’ont aussi intéressée vivement .

    Bon il faut peut-être que je dise un truc négatif sinon on va croire que je suis groupie : Euh ! j’attends avec impatience ton prochain article ! Ah! c’est pas négatif ça ? bon tant pis :-)

    Merci à toi !

  2. Bravo Ange pour cette excellente synthèse !

    “La recette du succès : 5 % d’inspiration et 100 % de transpiration.”.

    mais surtout VIVENT LA CURIOSITE ET L’OUVERTURE D’ESPRIT !

    Gaffe aux écoles qui formatent et clonent les moins doués…

    J’attends la suite avec impatience.

  3. 28 octobre 2008. 9:58 | Permalink

    Merci Ange pour cet article fort instructif et très riche en explications!
    Il est vrai que l’idée d’aller au salon est assez stressante pour un débutant (comme moi;).
    Les réponses apportées dans cet article, m’aideront, je l’espère, à avoir plus d’assurance.

  4. 28 octobre 2008. 15:30 | Permalink

    Bonjour, et merci pour cet article plus que complet sur le sujet. En effet, les autodidactes et les didactes ont des parcours très différents et chacun doit affronter les pièges qui parsément son parcours:

    Les autodidactes doivent affronter seuls les obstacles techniques et les didactes doivent trouver leur personnalité dans un milieu qui tend à leur imposer des styles commerciaux !

    Rien n’est simple dans ce métier et l’humilité est un garde fou ! :)

  5. 28 octobre 2008. 15:53 | Permalink

    Le témoignage de ton expérience est extrèmement intéressant et quelque part rassurant. Mais en tant qu’auteur uniquement, je me sens un peu à côté, ne sachant pas si je dois adopter une méthode similaire. Et je me sens très intimidée par l’idée d’une telle démarche avant même de l’avoir entreprise.
    Je ne me vois pas pas patageant le café avec des éditeurs ayant répondu ainsi à mes envois : “nous n’avons pas été convaincus par vos chois littéraires et graphiques, mais l’idée est jolie…” On ne se sent pas à la hauteur d’emblée !
    Est-ce qu’en tant qu’auteur on peut y aller avec “son” illustrateur ?

    … Mais je trouve ton idée de partager tout ceci très généreuse et je t’en remercie.

  6. 28 octobre 2008. 19:33 | Permalink

    hello merci pour ce témoignage, et je vais tâcher de mettre ma pierre à l’édifice.

    c’est très juste quand tu dis qu’être autodidacte donne un “sentiment de ne pas faire partie d’un groupe”, et c’est en cela qu’un autodidacte se sent un peu fragile. Puisque il a peu de recul sur son propre travail, puisque il ne peut le comparer avec des artistes de son âge/de même catégorie.

    J’avais aussi, un peu ce sentiment de mal l’aise, face aux autres sortis d’écoles prestigieuses. Pour combler ce que je pensais être un manque, j’ai bossé encore plus, grâce aux livres, à la documentation sur internet, inscrite un cours du soir une année….

    Une fois dans la place, bosser à côté des “diplômés”, j’ai pu comparer, prendre du recul sur mon travail et celui des autres qui sont dans la même “catégorie”.
    Ils ne sont pas meilleurs, n’ont pas de meilleurs salaires, ça démystifie complètement le mythe.

    J’ai même eu plusieurs remarques comme quoi mon book était très rafraichissant, et aussi, que j’étais citée en exemple qu’il n’était pas obligé de sortir d’une grande école pour avoir un bon niveau et faire de jolies choses.

    Le revers, c’est quand même, l’impression de devoir faire plus que les autres (la réputation de l’école ne nous précédant pas) mais au final, c’est peut être mieux de ne pas être étiqueté.

    Une fois dans le travail, il y a pleins de facteurs en jeu, autre que le cursus, que tu as bien fait de relativiser. Il y a aussi le mental, supporter la prospection, savoir négocier, savoir prendre sur soi…..
    Pour durer, il est important d’avoir une bonne méthodologie de travail (par quoi commencer, comment se corriger) et je connais des diplômés qui n’ont pas ça, même si à l’école était sensée leur apprendre. bref, il faut démystifier, et se rassurer sur ses propres compétences.

    catibou >> au salon de montreuil, les éditeurs ont peu de temps pour lire les manuscrits. mais si tu viens avec un projet illustré, je pense que tu pourrais tout à fait solliciter des rendez vous avec ton illustrateur. Il est plus facile d’accrocher un directeur artistique avec un projet bien avancé, qu’un concept.

  7. 28 octobre 2008. 21:59 | Permalink

    > Mary et Catibou

    Je ne suis pas sûr qu’un éditeur apprécierait qu’on lui impose un illustrateur.

    Un éditeur n’est pas un imprimeur de projet fini…

    Il a sa propre équipe d’illustrateurs et une ligne éditoriale assez précise.

    Il est rare qu’il en sorte…

    Qu’en penses-tu Ange ?

  8. 29 octobre 2008. 9:49 | Permalink

    > Pierrick, Mary et Catibou…

    J’aimerais bien pouvoir te contredire Pierrick, mais, hélas, mon expérience me fait confirmer tes dires. On m’a souvent dit “Nous avons nos illustrateurs”. Ou alors, est-ce une façon polie de dire “Tu n’as pas le niveau” ? Je ne sais pas trop quoi penser, mais j’aime travailler avec des auteurs et illustrateurs, donc, je continue à montrer des projets d’albums.

  9. 29 octobre 2008. 10:43 | Permalink

    Bonjour à tous,

    Jill.C > Merci, mais… je te trouve tout de même bien négative aujourd’hui! ;)
    ____________________

    Millypuce > Il faut simplement que tu reviennes de ce salon avec des commandes ou simplement des avis constructifs pour améliorer ton book : vu sous cet angle, il est fort probable que tu en reviendras satisfaite. Aucune raison de te stresser.
    ____________________

    Ezra > J’ai pensé que ces remarques adressées aux autodidactes trouveraient écho parmi mes lecteurs.
    Comment réagissent tes lecteurs face à la date du salon de Montreuil qui approche?
    ____________________

    Catibou > En tant qu’auteur je ne pense pas que Montreuil soit une occasion exceptionnelle pour démarcher.
    Il faut du temps pour lire un texte et ce n’est pas possible sur un salon.

    C’est par contre une très bonne chose pour parfaire ta connaissance du milieu, repérer les collections, les thèmes porteurs (pour ceux qui s’appuient là-dessus pour créer), etc…
    Ceci est valable si tu n’es pas familiarisée avec les outils de collecte d’informations (logiciels web, prise de notes, fiches descriptives éditeur, etc…). Sinon, si tu n’es pas sur Paris, l’investissement me parait trop onéreux.

    C’est aussi une bonne occasion pour rencontrer des personnes et obtenir un rendez-vous prochain, dans les locaux de l’éditeur.
    Pour cela, pour échanger quelques sourires et te faire connaître (identifier), c’est une bonne chose.
    Dans tes emails tu pourras toujours t’appuyer là-dessus : “Bonjour, nous nous étions rencontrés lors du salon de Montreuil, etc…”.

    Tu peux y aller avec l’illustrateur avec qui tu travailles habituellement mais il faut que votre projet reste une proposition et non une structure rigide.
    ____________________

    Mary M > Merci pour ton commentaire.
    Je ne l’ai pas précisé dans l’article mais la première fois qu’un éditeur a vu mon book il a aussi parlé de fraîcheur et de sentiment de liberté.
    Il en ressort qu’il existe un style dominant pour chaque école et que les éditeurs aspirent souvent à des projets plus différents les uns des autres, à plus de surprises.

    D’un autre côté, il faut à l’autodidacte un minimum d’ouverture et l’humilité afin de tempérer cette liberté, ceci pour ne pas tomber dans l’incohérence.
    ____________________

    Pierrick > Je crois que rien n’est figé.
    Je m’explique :
    Je pense qu’il est simplement logique qu’un éditeur apprécie de travailler avec les mêmes personnes :

    • des automatismes existent -> Entente cordiale, meilleure communication, meilleure productivité
    • travailler avec les mêmes personnes permet de conserver l’unité de la ligne éditoriale
    • travailler avec les mêmes auteurs-illustrateurs permet de les identifier comme faisant partie d’une seule maison (appropriation) et pourtant c’est faux : un illustrateur reste libre.
      Mais pour la notoriété, ça peut être un choix intéressant pour l’auteur et l’éditeur.

    En bref, plutôt que de penser à un monde fermé, il faut imaginer qu’une entreprise préfère parfois travailler avec des gens qui ont l’habitude de son fonctionnement (investissement “formation”).
    De la même manière, on aime travailler avec des gens que l’on connait et cela nous évite de mauvaises surprises. Et puis, on change rarement une équipe qui gagne.

    Cependant, dans la formulation c’est souvent un excès de confiance et d’autorité de leur part :
    un éditeur n’a pas “ses” illustrateurs à moins qu’il n’ait payé cher cette exclusivité.
    De plus, personne (personne personne personne) ne peut se permettre de passer à côté de belles surprises : accorder 2 minutes à un illustrateur et son book ne lui coûte pas grand chose et peut lui rapporter gros (en qualité de travail, en revenus, en notoriété pour sa maison d’édition, etc…).

    En bref, je pense qu’il reste intéressant de proposer “aussi” des projets finis aux éditeurs.
    Il faut tout de même bien veiller à ce que cela reste une proposition.
    Il faut aussi être conscient qu’il y a deux fois plus de raisons de se voir refuser une collaboration.
    De plus, il est souvent plus difficile pour un éditeur d’accorder le travail de deux auteurs-illustrateurs qui se connaissent déjà.

    Si je suis d’accord avec toi Pierrick, je suis tout de même certain que rien n’est figé et je reste persuadé que proposer un projet fini n’est pas perçu comme une impostion, et faire ces propositions est loin du fait de considérer un éditeur comme un simple imprimeur.

    Au milieu de ces échanges, seule la communication permettra aux deux parties d’avancer vers leurs objectifs sans se fermer les portes d’une collaboration fructueuse.

  10. 30 octobre 2008. 0:21 | Permalink

    Content de retrouver tes articles Ange !

    Bien d’accord avec ce que tu dis sur les autodidactes. Mais même en se persuadant qu’on est pas “moins bon” que quelqu’un ayant suivi le cursus d’une grande école, le sentiment de manquer de quelque chose est difficile à faire disparaître ;)
    En fait, je pense que ce qui manque le plus dans ce cas de figure, ce n’est pas tant les professeurs (même s’il est évident que cela apporte beaucoup) mais l’émulation entre camarades de classe. Du moins, c’est comme ça que je le ressent.
    Heureusement, le net permet aujourd’hui dans une moindre mesure de combler ce manque.

    Pour rencontrer des éditeurs (hors rdv via le cplj), peut-être est-ce mieux de faire ça en début de salon ? Je pense qu’après plusieurs jours passés sur place, ils sont comme tout le monde, ils en on plein les pattes et sont peut-être moins réceptif, non ? ( C’est une supposition, puisque je n’y suis allé qu’une fois )

    Pour le programme, les dédicaces, etc…on peut consulter ça sur le site du cplj à la rubrique salon il me semble. Ca peut faire gagner du temps de faire son planning avant d’être sur place, plutôt que d’éplucher la doc dans le tohu-bohu du salon.

  11. 30 octobre 2008. 7:56 | Permalink

    Par rapport à ce genre de salon, on pourrait dessiner trois grands types:

    - Ceux qui ont avec eux l’assurance d’une référence comme leur école. Et qui, de ce fait, ont déjà montrer leus travaux à des pros, puisque leurs professeurs sont censés venir du monde professionnel.
    - Ceux qui sont autodidacte et pour qui c’est la première expérience à Montreuil. Dans leur cas, ils ont peur de ce que peuvent dire les DA, ou ils ont peur qu’on leur reproche d’avoir développer leur travail seul.
    - Ceux qui sont autodidacte et qui ont déjà eu une expérience bonne ou mauvaise. Eux, ils savent qu’ils ont toutes leurs chance, ils ont appris de leur première fois et savent que les DA peuvent se tromper, être des humains et aussi apprécier le travail d’artistes qui n’ont pas suivi la mode.

  12. 30 octobre 2008. 10:08 | Permalink

    Ezra, tu peux rajouter une 4e catégorie .

    - Ceux qui ne relisent pas leurs Cv truffés de fautes d’orthographe. :-D

  13. 30 octobre 2008. 10:26 | Permalink

    Oui, il y a ceux-là aussi, dont je dois faire partie n’est-ce pas Pierrick ?

  14. 30 octobre 2008. 11:06 | Permalink

    Bonjour,

    Gynux > un plaisir de te voir ici.
    Je suis d’accord avec toi concernant l’importance de l’émulation collective.
    Je ne sais pas si rencontrer les éditeurs le premier jour est mieux ou moins bien.
    La premier jour ils sont moins “fatigués”, mais il y a derrière 900 illustrateurs qui vont rivaliser de talent pour te faire oublier.
    Mais aussi comme tu le précises, le dernier jour ils ont peut-être déjà la tête ailleurs?

    En même temps, s’ils sont présents mais qu’ils ne sont pas “là” à 100% en fin de salon, il aurait mieux valu pour eux rester dans leurs locaux et être productifs sur autre chose.
    S’ils sont là, c’est qu’ils viennent pour quelque chose. S’ils sont fatigués et peu attentifs c’est qu’ils perdent leur temps (et le nôtre) et qu’ils manquent de professionnalisme.
    Ils sont payés par leur entreprise pour une mission précise. Ailleurs, un ouvrier qui ne fait pas son travail doit rapidement vider son casier.
    On met souvent l’argument de la fatigue nerveuse pour justifier leurs emportements (j’en ai vu).
    Moi j’appelle simplement cela un manque de professionnalisme et je pense que leur patron serait assez mécontent de savoir qu’ils ne font pas correctement le travail pour lequel ils sont payés.
    Alors je ne vais pas les plaindre.

    Mais ce n’est que mon avis ;)

    Pour les infos sur le site du cplj tu as raison, je n’avais pas parcouru le site parce que je le trouve très mal fait.
    Ne pas mettre les infos pratiques (date et durée du salon) en première page est une aberration, proposer une navigation en nuage de mots-clefs aussi, et d’autant plus si le plug-in flash est obligatoire.

    Je plains les débutants!

    Ezra > Merci d’avoir si bien résumé la situation :)

    Pierrick > Je n’ai pas caché ton commentaire mais il n’apporte rien à la discussion. Je ne sais pas si tu vises quelqu’un en particulier mais la prochaine fois tu le feras ailleurs.
    Restons entre gens courtois Pierrick, et partage avec nous ton expérience de ce métier. Ce sera beaucoup plus intéressant, pour tout le monde.

  15. 30 octobre 2008. 14:41 | Permalink

    Ange, si tu savais le nombre de CV que je reçois avec des fautes énormes
    (qu’un simple correcteur orthographique détecterait), tu serais choqué.

    Si le vécu n’est pas de l’expérience, c’est quoi ta définition de l’expérience?

  16. 30 octobre 2008. 15:30 | Permalink

    Tu sais très bien ce que je veux dire.
    Je n’aime pas les attaques déguisées, et ça y ressemblait.
    Si ton commentaire ne comportait aucun sous-entendu, la formulation laisse penser le contraire.

    A part cela, si tu veux parler des fautes, le problème de l’orthographe est lié à une notion plus globale, la représentation de soi et la communication.
    Vocabulaire utilisé, élocution, orthographe, langage corporel, etc… mais ce problème peut toucher les 3 catégories qu’a citées Ezra. Il ne s’agit pas à mes yeux d’une 4ème catégorie.

  17. 5 novembre 2009. 22:30 | Permalink

    Bonjour Ange,
    j’ai lu qq’uns de tes articles début 2009 (quelle générosité!!!) et puis voilà!!!cette année j’y vais. Je vais à Montreuil!!!Je suis en pleine conception du book. Je n’aurai pas l’embarras du choix cette année, car je ne croule pas sous le nombre d’images…
    Bref je suis autodidacte, je vais laisser ma famille qq jours et je vais aller chatouiller mes rêves.
    Je pars en quête de …regards, pour évaluer ce milieu, ce que je peux y ajouter de ma place.
    J’aurai aussi un projet, très petit mais auquel je tiens beaucoup.
    j’espère obtenir un RDV avec l’éditeur que j’ai choisi pour ce projet.
    et puis j’ai fait un blog; si je t’en parle ici, c’est que je me suis inspirée de ta démarche: mon but c’est de faire partager mon inexpérience, mes progrès, mes questions de créations,m es étapes jusqu’à l’édition…si elle vient.

    Merci donc pour tous ces articles qui sont une eau qui nourrit mon jardin.
    Mira

  18. 25 novembre 2009. 22:54 | Permalink

    Bonsoir Ange,

    j’ai lu avec attention les conseils que tu donnes, et je te remercie de nous faire partager ton expérience d’autodidacte. Je me rends à Montreuil samedi, je ne pense pas y prospecter car je ne me sens pas prête d’une part, et d’autre-part le samedi me paraît être une journée un peu délicate pour le faire. Celà-dit, je pense apporter mon book, au cas où, ainsi que quelques cartes de visite. En fait, j’y vais surtout pour y trouver de précieux conseils auprès d’autres illustrateurs et auteurs déjà impliqués dans une démarche professionnelle (en effet, je n’ai jamais été éditée… comme je l’ai dit plus haut, je ne me sens pas prête à prospecter). Je remets ça à l’année prochaine, je me laisse le temps de comprendre mes véritables envies, car pour l’instant, mes objectifs sont un peu confus (à qui peuvent être destinées mes illustrations? qu’ai-je vraiment envie de montrer? Suis-je capable de me dépasser? etc…). Bref, je suis persuadée que je repartirai de ce salon avec beaucoup de clés et de réponses à mes questions, et avec le sentiment de ne pas être seule dans ce cas-là! Car oui, ce n’est pas facile de réussir à se situer quand on n’est pas issu d’une école… J’ai des choses à montrer et à donner à travers mes dessins, mais je ne sais pas encore comment faire! ça viendra, je le sais.
    En tout cas, ton témoignage ne peut que nous aider à aller de l’avant, et à croire en notre travail.
    Merci beaucoup, à bientôt peut-être!

  19. 11 décembre 2009. 10:26 | Permalink

    Mira
    Merci pour les compliments.
    J’ai passé du temps à rédiger ces articles, et je suis ravi qu’ils trouvent toujours écho plusieurs mois/années plus tard.
    Je pense que c’est une bonne idée d’avoir créé un blog.
    Ca te permettra de noter ton évolution, tes doutes et tes victoires.
    Bon courage pour la suite!

    Lu’
    Je trouve ta démarche très saine.
    As-tu réussi à rencontrer d’autres auteurs-illustrateurs?
    C’est une partie du métier importante, car les illustrateurs sont souvent isolés un peu partout en France, en villes ou en campagne.
    As-tu trouvé réponse à ces questions :
    à qui peuvent être destinées mes illustrations? qu’ai-je vraiment envie de montrer? Suis-je capable de me dépasser? etc…
    C’est un travail important, essentiel.

    Je te souhaite le meilleur dans cette voie!

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