La valeur délivrée, la valeur perçue… et l’histoire qui va avec.

Photo par nattu
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Quelle est l’histoire associée à votre oeuvre?
Quel est ce plus qui donnera aux gens de quoi en parler des heures?
D’ailleurs, y avez-vous déjà pensé sérieusement?
Cela fait des années que je réfléchis à la valeur de mon travail artistique, à son importance dans mon développement personnel, à sa valeur financière, à la manière dont je m’implique chaque jour pour améliorer mes compétences techniques, et mon identité.
Une constatation
Certains tableaux demandent moins d’une demie-journée de travail et valent plusieurs centaines de milliers d’euros.
Un album jeunesse demande parfois plusieurs mois de travail, chaque album rapporte entre 20 et 60cts à son auteur en moyenne (eh oui, l’auteur ne verra jamais la couleur des 95% du prix que vous payez en achetant votre livre). En somme, il faut espérer en moyenne entre 2000 et 4000€ de gains répartis sur 3-4 ans (un paiement chaque début d’année uniquement) si les ventes sont bonnes.
Alors qui veut encore faire ce métier?
Pourquoi mettons-nous tant d’ardeur à nous maintenir du côté le plus contraignant?
Connaissez-vous beaucoup d’illustrateurs/auteurs qui tiennent un discours tel que :
« Je fais des livres pour enfants parce que j’adore ça. A côté de cela je vends mes peintures plusieurs milliers d’euros pour pouvoir vivre aisément, nourrir mes enfants, préparer mon avenir, et je garde ainsi toute liberté lors de la création de mes albums« .
Non, autour de moi personne ne parle ainsi. Et pourtant je connais désormais « un certain nombre » d’illustrateurs. Mais tous (et j’en ai fait partie) semblent accepter cela comme une fatalité. On compare nos revenus, nos conditions, « au reste de la profession ». Et c’est une belle erreur.
Oui, le mythe de l’artiste misérable perdure, et c’est en partie de notre faute.
Alors, connaissez-vous vraiment la valeur de votre travail?
Et surtout, racontez-vous la bonne histoire qui va avec?
La valeur d’une oeuvre

Photo par Petra
La valeur que vous donnez à votre travail, celle que vous délivrez, et la valeur que les autres perçoivent, se compose ainsi :
- la valeur technique de votre oeuvre
- la valeur émotionnelle qui l’accompagne
- sa valeur financière (achat envisagé comme un investissement)
Comment nous situer?
Certains affirmeront qu’art et argent ne font pas bon ménage :
« L’art pour l’art signifie un travail dégagé de toute préoccupation autre que celle du beau en lui-même. Tout artiste qui propose autre chose que le beau n’est pas un artiste »
Théophile Gautier.
D’un aute côté, des positions tout aussi radicales, et plus matérialistes :
« L’art pour l’art ne mène à rien. Si vous vous engagez dans cette voie, vous êtes condamné à la bohème et vous finirez alcoolique ou syphillitique, mais peintre, certainement pas! »
Victor Vasarely.
En tous cas, tout le monde s’accorde sur une constatation triste et évidente, avec plus ou moins de fatalisme :
« Je fais des livres qui vivront et ne me font pas vivre »
Léon Bloy.
Et pour ma part, ce que je soutiens, c’est que ce qui peut changer la donne, ce que vous avez à votre disposition pour contrôler la manière dont votre travail sera perçu, respecté et monnayé : c’est l’histoire qui va avec.
Exemple
Imaginons une situation
Un nouvel hôtel luxueux est sur le point d’être inauguré dans le centre de Tokyo.
Le propriétaire souhaite décorer les murs du Grand Salon, fraîchement peint et meublé. Les lustres sont déjà en place, les tapis sont parfaits.
Il souhaiterait acquérir un grand tableau, et pense même commander une oeuvre originale.
Certaines peintures sont faites pour « décorer », et d’autres sont là pour attirer le regard, susciter l’intérêt, pour amorcer des discussions : le propriétaire souhaite une de celles-là, qui puisse impressionner ses clients voire les subjuguer.
Ces peintures et leur artiste respectif sont souvent respectés, estimés, et ont une valeur financière considérable.
Il pense déjà à plusieurs artistes :
- certains dont il a beaucoup entendu parler
- d’autres dont il admire le travail
A sa place, quel type d’artistes choisiriez-vous?
Eh bien personnellement, si j’étais ce propriétaire, je choisirais sans hésiter un artiste « dont j’ai entendu parler ».
Si j’en ai entendu parler, c’est que d’autres en ont entendu parler, et d’autres continueront à en parler. Et c’est une valeur supplémentaire que je pourrais ajouter au standing de mon hôtel.
Evidemment, il serait préférable que le travail de cet artiste me séduise mais ce n’est pas une condition nécessaire : si le tableau contribue à l’image de mon hôtel et qu’il suscite un certain intérêt, l’objectif est déjà atteint. Et ce qui suscite l’intérêt ce n’est pas les heures de travail passées sur un tableau. Ce n’est pas l’implication émotionnelle que vous avez insufflée à vos traits. C’est, encore une fois, l’histoire qui va avec.
Oui! L’histoire qui va avec!

Photo par MegElizabeth
Voilà comment est perçu et sélectionné notre travail d’artistes.
Les gens aiment qu’on leur raconte des histoires, ce sera toujours ainsi, et c’est là que vous ferez la différence.
De quel côté voulez-vous vous situer?
Voulez-vous que vos peintures soient de simples décorations, ou qu’elles soient respectées à hauteur du temps et du coeur que vous avez investis?
Le « beau » n’est que relatif et n’intéresse que les esthètes. Si vous voulez vivre de cette activité d’artiste, il faut être conscient de cette réalité.
Il y a des différences entre la valeur que vous délivrez et la valeur perçue par votre public.
Les compétences
Pendant mes premières années de recherches artistiques, et je ne parle pas encore de contexte professionnel, je pensais qu’il était nécessaire de travailler mes compétences techniques au maximum car j’étais persuadé que la différence entre les artistes se trouvait là.
Je pensais que ces compétences me permettraient de me différencier en tant qu’illustrateur, peintre, auteur.
L’identité
J’ai ensuite compris qu’il était nécessaire de découvrir mon identité, les propos et valeurs que je défendais, car c’est surtout en cela que je pouvais me différencier et donc réussir une carrière professionnelle.
Les hommes sont différents, les artistes le sont donc forcément, et appuyer son identité est une manière de ne souffrir d’aucune concurrence. En somme, il y a de la place pour chacun.
Pourtant je pensais encore que, cette recherche d’identité étant intimement liée à mon développement personnel, cette évolution tenait plus de l’intime que du domaine professionnel. J’ai donc tenté de cacher cette identité, au maximum, par pudeur. Pour ne laisser parler que mes travaux, mes traits, mais j’essayais toutefois d’exprimer par ce moyen toute mon implication personnelle.
La communication, la fameuse histoire qui va avec
L’hôtel dont je vous parle depuis le début de cet article existe : très luxueux, un effort particulier a été apporté au design et à l’accessibilité pour les personnes handicapées ou malvoyantes, notamment.
Les jardins qui l’entourent sont magnifiques et le chemin qui les parcourt est balisé pour les malvoyants, au sol mais aussi par des repères sonores.
Il y a près de 2 ans j’ai été invité à son inauguration par un ami avocat, dans le centre de Tokyo.
De nombreuses personnalités étaient présentes, certaines très connues, mais je n’avais pas la télévision à cette époque où j’habitais à Tokyo pour les connaître. De toutes manières, passer à la télévision ne rend pas les gens forcément plus intéressants et intelligents, surtout au Japon. J’ai discuté rapidement avec la chanteuse d’un groupe de pop (qui a disparu depuis, apparemment) qui accompagnait son producteur, elle avait plutôt l’air d’un trophée exposé et ne semblait pas si heureuse d’être là. Pour ma part, je dois avouer que j’étais plus impressionné par le style de l’hôtel, le soin apporté aux détails, et les choix de décoration.

Photo par powerbooktrance
L’entrée du Grand Salon était pleine de monde, tous se bousculaient le verre de champagne à la main, je n’ai jamais vu, depuis, de japonais aussi peu disciplinés. Et ce qui provoquait cette effervescence, c’était une peinture placée sur le mur le plus large, au fond.
J’ai eu du mal à la voir en entier tellement il y avait de monde. Les gens parlaient fort, il régnait une grande effervescence, une euphorie presque parisienne lors des soirées d’inauguration de Salons du Livre. Vous en concluerez que cela en était presque malsain.
Une fois face à ce tableau, après m’être faufilé entre tout ce monde je me suis dit une chose : rien, en ce tableau, n’a de quoi impressionner. Attention, je sais ce qu’est le travail d’artiste : je sais qu’il ne faut jamais juger un tableau sur son niveau technique. Je sais qu’il faut parfois creuser pour découvrir des trésors. Mais là, rien. Aucune émotion, aucun trait qui ne me mène sur la piste vers les « richesses cachées ». Qu’est-ce-qui faisait que ce tableau était parvenu à occulter le temps d’une soirée les centaines d’années de bienséance à laquelle les japonais ont toujours été si fidèles (je prends pour référence la Période Yamato)?
J’ai appris plus tard que cet artiste avait passé soi-disant des dizaines d’années en hôpital psychiatrique. Et pendant ces années, il n’a pas parlé une seule fois si ce n’est le mot « mélangé » qui lui serait sorti du bout des lèvres. Et bien sûr, sa peinture représentait cela :
trois couleurs mélangées.
Voilà! C’est fait! Cet homme est un génie. Je suis persuadé qu’il s’agit d’un homme normal qui a créé sa légende. Impossible de connaître le nom de l’hôpital, ni le lieu. Aucune des informations fournies n’a pu être vérifiée, mais tout le monde s’en fiche. Pourquoi faire? Même en apportant la preuve de son mensonge, les gens seraient restés sur leur idée première, car c’est ce qui les sort de l’ordinaire. On veut de l’authentique, mais il ne faut pas nous demander d’être trop regardants (!).
Les gens étaient donc si excités par tout cela. Ils ont passé près de deux heures à se bousculer devant ce tableau pour essayer de percevoir l’esprit torturé qui s’était exprimé dans le choix des couleurs, dans la manière dont il les avait mélangées.
Tout le monde avait entendu parler de cet artiste, c’est qu’il devait obligatoirement être fascinant!
Ce tableau a été acquis par le propriétaire pour plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Ce n’est pas le prix du tableau mais celui de l’histoire qui va avec!
Faites parler les gens

Ceci serait un aperçu de la plus vieille boutique de Chinatown. J’aime l’idée, j’en parle donc autour de moi.
Photo par moriza
Votre travail, c’est la valeur que vous délivrez.
La valeur qui est perçue, c’est l’histoire qui va avec.
Nous, artistes, nous passons tellement de temps à nous remettre en cause et à travailler car nous avons du mal à être conscients de cette valeur perçue.
Restez entier, droit, honnête avec ce que vous êtes, mais ne négligez pas cet aspect et donnez aux gens les arguments pour qu’ils puissent se raconter l’histoire qui va avec vos oeuvres. Il faut qu’ils puissent se raconter cette histoire lorsqu’ils sont face à votre oeuvre, il faut qu’ils aient le plaisir de la raconter à chacun de ses invités, qui vont à leur tour passer le mot autour d’eux.
Aujourd’hui, on pourrait parler de « buzz » auquel on rajouterait une dose d’authenticité et de constance.
Lorsque vous achetez de nouveaux habits et qu’on vous fait remarquer qu’ils sont jolis/qu’ils vous vont bien, vous aimez ajouter sans que l’on ne vous ait rien demandé : « oui je l’ai acheté à {tel magasin} et en plus je l’ai payé {tel prix} tu te rends compte une veste de marque {telle marque} pour un prix si bas?!« .
C’est encore ça, l’histoire qui va avec.
J’ai imaginé une de mes peintures dans ce bel endroit : j’aurais aimé être exposé là-bas.
Mais qui en voudrait? Je pourrais pu passer dix ans à travailler sur ma peinture, je pourrais même l’offrir à l’hôtel, elle ne serait jamais exposée ici. Cette dernière remarque m’éloignerait d’autant plus de cet objectif, d’ailleurs. Mais on aura l’occasion d’en reparler.
Les clients pourraient peut-être regarder ma peinture 1 minute pendant qu’ils attendent leur taxi, et lancer un « c’est pas mal » mais c’est tout ce que je pourrais récolter. Pourquoi? Parce que je ne vends aucune histoire. En tous cas pas celle qui pourrait convenir à ce genre d’endroits.
Un « Picasso » porte une histoire. C’est un packaging complet. Un « Picasso » fait parler les gens, il suscite l’intérêt, il attise la curiosité, il ajoute de la valeur de manière immédiate.
Mon conseil
Nous l’avons vu dans l’article précédent, l’identité est la base de tout votre développement personnel autant que professionnel.
Maintenant, tentez de définir l’histoire qui va avec vos travaux. Je ne dis pas de mentir : votre vie est remplie d’événements et d’expériences qui valent la peine d’être valorisés. Faites le tri, et représentez-vous.
Ne changez pas votre ligne artistique, restez fidèle à vous-même, mais gardez à l’esprit tout ce dont je vous ai parlé.
Anecdote : j’ai eu plus de commandes de la part de privés à partir du moment où j’ai fixé un prix de plusieurs centaines d’euros (voire plus) pour mes peintures, comparé à l’époque où je les proposais à moins de cent euros. Car j’ai valorisé mon histoire, ses particularités et son authenticité.
Le prix est très souvent un facteur de crédibilité, il ne faut pas l’oublier.
Et si un jour il vous vient à l’idée farfelue de proposer la plus petite de vos peintures à 100 000euros, n’hésitez pas. Vous attirerez déjà la curiosité et l’attention, et c’est la base de votre développement professionnel.
Récapitulation
Qu’est ce qui fait parler les gens?
- la qualité
- le propos, l’identité
- l’histoire qui va avec
Et vous, avez-vous déjà pensé à des techniques qui vous permettent de valoriser « l’histoire » que vous vendez avec vos oeuvres?
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Article encore une fois intéressant ! Je ne me suis jamais vraiment penchée sur la question, pensant que personne n’en avait rien à faire, du pourquoi du comment de tel personnage, de telle création… Ce qui comptait (à priori) c’était le produit fini ? Qui correspondait à la commande, non ? Bah après avoir lu ton article, peut-être pas…
Encore un exercice difficile que de choisir les bons mots, ceux qui collent au mieux à ce que l’on cherche à faire passer (quoi que, pour ma part, il m’arrive souvent de faire une illus ou une créa sans raison particulière, parce que je la sentais comme ça et pas autrement ! alors que dire dans ce cas ?)
Ange > A sa place, quel type d’artistes choisiriez-vous?
Sans hésitation, « dont j’admire le travail ». Maintenant je vais te dire pourquoi.
Parce qu’a sa place, comme à la place de chaque homme, ses choix personnel devraient prédominé sur celui du commun des mortels. Tu me dira mais il peut avoir mauvais gout, efféctivement et dans ce cas, ont devrait très vite le lui faire remarqué, et si il est intéligent il se sera inapte à choisir des oeuvres, donc il délèguera.
Mais dans le cas ou cette homme à le « sens du bon gout » il pourra augmenter la notoriété de l’oeuvre choisi et parallelement de son artiste.
Ont pourrais dire « oui mais qu’en est il de ceux dont les œuvres ne sont pas assez connus », et bien je répondrais que si elles sont originale et ont une valeurs émotionnels ET surtout si chacun d’entre nous parlerais plus de « je vie » ou lieux des « ont dit », le cycle révélateur de talents serait à mon sens bien plus équilibré qu’à ce jour…
Pourquoi donner des histoires à des œuvres qui parfois n’en possèdent pas, si ce n’est pour rentré dans le moule et être mieux accepter ?
Au final, c’est justement l’identité que tu aura mit tant de temps à façonner, qui se retrouvera par ta faute éludée…
voilà qui est bien dérangeant…!
cela suppose beaucoup de recul par rapport à son travail, il me semble. Toute une réflexion sur « l’emballage », comme vue de l’extérieur.
je vais laisser pauser tout cela dans un coin de ma tête, j’y réfléchirai dans la durée. merci Ange!
Bonjour
Girafette > Il faut bien sûr différencier les projets très personnels de ceux qui permettent de vivre : les plus beaux projets ne sont pas ceux qui paieront ton loyer.
Et il ne faut surtout pas croire que le seul moyen de payer son loyer est de viser des projets nombreux et peu rémunérateurs. Il y a énormément d’opportunités pour gagner beaucoup plus d’argent en un minimum d’investissement.
Je crois qu’il faut définitivement séparer les projets que l’on aime, qu’on ne modifiera pas parce qu’on les ressent tels quels, et ceux qui vont nous permettre d’acquérir une grande liberté financière.
theNoiC > ce dont tu parles, c’est juste un idéal.
Cela fait des années que les artistes pensent ainsi, c’est ce qui nous caractérise, mais c’est aussi ce qui nous enferme dans notre condition.
La situation ne changera pas.
Ici, je compte donner des moyens aux artistes pour qu’ils sachent comment récupérer leur « part du gateau » et gagner une indépendance qui leur permettra de se consacrer ensuite à leurs projets sans se contraindre aux codes de la société.
A force de clamer la beauté de l’art et le désintérêt pour l’argent, l’estime etc… on se conforte dans une situation qui arrange tous les autres acteurs.
Encore une fois, si le fait de connaître ces ficelles permet de facturer mieux et surtout d’y gagner en liberté afin de travailler sur des projets plus personnels, j’appuie mes arguments et je dis à tous les artistes : valorisez votre travail, racontez l’histoire qui va avec, gagnez votre vie, bousculez un peu ceux qui vous marchent dessus à longueur de journée, et regagnez votre liberté.
Tu raisonnes en tant qu’artiste, en tant qu’amateur d’art, et pas en tant qu’investisseur, entrepreneur. Il nous faut comprendre ce qui se passe de l’autre côté pour monnayer notre travail, et c’est inévitable.
« Tu me dira mais il peut avoir mauvais gout, efféctivement et dans ce cas, ont devrait très vite le lui faire remarqué, et si il est intéligent il se sera inapte à choisir des oeuvres, donc il délèguera. »
On parle d’entreprise. Il n’est pas là pour aménager son salon. Il doit ajouter de la valeur à son hôtel. Il s’agit d’un investissement. Peu importe s’il a bon goût ou pas.
A force de tout idéaliser on passe notre temps à se dire que le monde pourrait être mieux s’il était différent, et on reste enfermés dans notre condition.
L’esprit d’entreprise ne s’embarasse pas de tout cela. C’est l’efficacité qui est visée et il nous faut jouer avec ces codes-là.
« Mais dans le cas ou cette homme à le “sens du bon gout” il pourra augmenter la notoriété de l’oeuvre choisi et parallelement de son artiste. »
Encore une fois je pense que tu n’as pas cerné la problématique : un investisseur n’a aucun intérêt à augmenter la notoriété d’une oeuvre et de son artiste.
Il veut un retour sur investissement rapide.
Si l’oeuvre est connue il s’empresse de le crier sur tous les toits. Si elle ne l’est pas, elle fait juste partie du décor.
Il ne va pas dire « bonjour venez dans mon hôtel de luxe et admirez des oeuvres d’artistes inconnus j’aime l’art alors j’essaie de faire connaitre ces gens-là ».
Non, encore une fois ça ne marche pas ainsi.
J’aimerais que les artistes jouent avec les codes de la société pour mieux faire leur place, qu’ils soient plus forts, pour mieux préserver leur liberté ailleurs, sur des projets plus personnels.
Je suis d’accord avec ce que tu dis sur « l’idéal » mais à force de courir après on se fait avoir par tout le monde, alors que tous les autres ont pris leur part de la plus-value.
Les gens qui viennent sur ArtisteZen (ceux qui lisent mais n’ont pas encore commenté) sont pour la plupart des gens qui cherchent des réponses pour enfin avancer.
Je ne dis pas d’oublier ses idéaux, bien au contraire : je dis qu’il faut s’armer pour mieux les protéger.
« Pourquoi donner des histoires à des œuvres qui parfois n’en possèdent pas, si ce n’est pour rentré dans le moule et être mieux accepter ? »
Tu remarqueras que j’ai souligné dans l’article le fait que « chacun a son histoire, ses expériences, son parcours ». Je ne crois pas que ce soit rentrer dans le moule que de la mettre en avant. Et je ne crois pas qu’une oeuvre puisse ne posséder aucune d’histoire. L’homme dont je parle a choisi de mentir sur son histoire, et je ne ferais pas la même chose car j’ai des principes. Mais en attendant, avec la valeur de ses toiles, il a tout loisir de peindre toute la journée sans contrainte, sur des projets qui lui sont personnels, et il est loin des contraintes que connaissent les artistes.
Sa famille est certainement à l’abri du besoin. Et sa peinture a une histoire : celle d’un homme qui était probablement très impliqué dans son travail, qui était certainement de bonne qualité, mais qui a été ignoré pendant des années. Celle d’un homme qui a joué avec les codes de la société de consommation, les a détournés, et qui s’est offert sa liberté grâce à un soupçon de stratégie.
J’ai encore des principes trop ancrés, mais je l’aime assez la « vraie » histoire de son tableau, et j’espère apercevoir un jour ses « vraies » toiles.
Alors on pensera peut-être qu’il a « vendu son âme d’artiste au diable » mais la stratégie a été payante. Je ne ferai pas la même chose, mais j’applaudis.
Le but n’est pas d’être mieux accepté : le but est de dire qui l’on est, et les gens font le reste par eux-mêmes. Une histoire est racontée une fois, et transmise ensuite sans que l’on n’ait plus à intervenir.
Béatrice > Bienvenue ici!
Oh, je me doute bien que tout cela est dérangeant.
J’emploie volontairement des termes liés au « marketing » et au commerce pour désensibiliser le débat.
Nous sommes très souvent traités comme des « produits », on nous demande d’être rentables, constants, productifs, on nous demande de l’identité mais « pas trop » pour pouvoir entrer dans les cases des lignes éditoriales – des collections – des tranches d’âges.
Je crois qu’il est temps que nous connaissions un peu toutes les ficelles sur lesquelles tous les collaborateurs qui nous entourent tirent à longueur de journée pour enfin poser nos marques et nos conditions.
Je ne blâme personne : il semble que les auteurs/illustrateurs soient les seuls acteurs à ne pas être impliqués dans la logique commerciale, en tous cas il est souvent mal vu d’envisager cet aspect des choses.
« Matérialiste », « intéressé », « un vrai artiste se désintéresse de tout cela ».
Mais nous sommes au centre d’un commerce, chacun semble y trouver son compte (avec nos pauvres 5 à 7%, je ne vois pas à qui on peut faire du tort
et j’aimerais moi aussi y trouver mon compte.
Une bonne journée à tous!
Ange > « A force de tout idéaliser on passe notre temps à se dire que le monde pourrait être mieux s’il était différent, et on reste enfermés dans notre condition. »
Le but n’est il pas de faire que nos idéaux n’en soient justement plus ? Je suis peut être mal placé pour débattre sur ce sujet étant donné que tu est beaucoup plus investis que moi dans le domaine, mais lorsque viendra le moment ou je compterais vivre pleinement de ma passion, j’ose espéré que mon idéalisme ne me fera pas défaut
« Mais en attendant, avec la valeur de ses toiles, il a tout loisir de peindre toute la journée sans contrainte, sur des projets qui lui sont personnels »
Moi je comprend par la, faire une chose que les gens aiment, pour pouvoir par la suite vivre de ce que l’on aime. Est-ce cela ?
Si c’est le cas, alors je reste contre cette idée, car au final, c’est toujours la première œuvre que l’on découvre d’un artiste qui nous pousse ou nous répulse vers le reste de son travail. Or si la première œuvre, qui sera en toute probabilité la plus « médiatisé » se révèle être ladite toile qui ne nous correspond pas pleinement, à quoi bon continuer à peindre puisque l’avis qu’aura porter le publique sur nous, se cantonnera à se reflet opaque qu’est notre œuvre sans impact.
Certe j’ai surement une vision trop idéaliste, c’est d’ailleurs un des adjectifs que j’ai choisi dans le test de ton précédent article :p
Tout se défend et j’ai du mal à ne pas être d’accord avec toi sur ces points-là : je suis aussi idéaliste.
Je me bats contre moi-même pour ne pas me laisser décourager par beaucoup de choses liées au fait d’être artiste et d’en avoir fait ma profession.
Crois-moi, je ne manque pas d’idéalisme.
Je défends tout cela. Ce site existe pour cela.
Parce que je vois trop d’artistes malmenés, et que ça ne changera pas. Faut-il subir longtemps encore, ou protéger ses idéaux pour qu’ils s’épanouissent librement?
J’ai fait le choix de partager mon expérience pour éviter la situation des débutants qui se retrouvent un jour très déçus et qui se disent : « si j’avais su… ».
Je ne dis pas que ce que j’écris vaut pour tout le monde, mais je pense que ces expériences valent le coup d’être partagées et libre à chacun de prendre ses décisions en conséquences.
Si j’ai une attitude plus ferme et plus protectrice envers mon travail, c’est que je suis très idéaliste justement.
Cet idéalisme s’exprime différemment, voilà tout
« Si c’est le cas, alors je reste contre cette idée, car au final, c’est toujours la première œuvre que l’on découvre d’un artiste qui nous pousse ou nous répulse vers le reste de son travail. »
Je comprends parfaitement, et je suis d’accord.
J’ai pour ma part une attitude beaucoup plus égoïste (et j’assûme) : le but de ma vie est de créer sans cesse, s’il faut passer par la diffusion de mon travail pour m’offrir cette liberté, je le fais. Si cela n’est pas nécessaire, cela ne me manquera pas. Si je peux créer au fin fond de ma montagne, je suis déjà le plus heureux.
Les échanges m’enrichissent, mais je me sens déjà accompli et indépendant.
Je pense que tenter d’être reconnu pour ce que l’on est est un combat sans fin car la société nous attend ailleurs que sur le terrain que l’on défend. Je tiens à toujours être droit, et honnête : mais si j’ai l’opportunité de m’offrir ma liberté, peu importe le regard que le public portera sur moi.
J’ai déjà tenté de montrer qui je suis vraiment. J’espère donner le meilleur chaque fois. J’aspire à être toujours entier. Mais cela ne paie pas, en tous cas pas dans le cadre professionnel tel qu’il est défini.
Je pense que les gens qui ont vu mon travail savent qui je suis, et je crois faire preuve d’assez de sincérité pour ne pas être taxé un jour d’opportuniste. Mais si cela arrive, eh bien tant pis l’important c’est que je sois conscient d’être resté droit et d’avancer vers mes objectifs, sans faire de tort autour de moi.
Je suis très très égoïste, et j’assûme : ce qui m’importe, c’est mon développement personnel, ma famille, mes proches, mes amis, mes créations et moi. L’adhésion du public n’est pas une composante nécessaire, même s’il est toujours agréable d’avoir des retours positifs.
De toutes manières il y aura toujours des mécontents.
Et ce n’est pas eux qui me permettront d’avoir de quoi donner à manger à mes enfants.
Je ne me sens pas investi de la mission sacrée de l’Artiste, je ne me soumets au regard de personne et je ne suis redevable en rien ni à personne : je suis quelqu’un de simple, je veux créer pour moi tout d’abord, je veux être honnête et droit, et je veux gagner ma vie pour ma famille. J’essaie de trouver les moyens qui me permettent d’atteindre ce stade-là, et le reste me passe au-dessus
Tout s’explique ! Effectivement ton égoïsme est impressionnant mais inattaquable car inhérent à chaque être humain.
En faite ne vie tu pas plus grâce à l’art plutôt que pour l’art ?
je trouve ça dérangeant aussi, mais du point de vue « commercial », c’est complètement logique, et je suis d’accord.
Mais j’aimerais connaître plus de « vrais » tableaux, du coup… Puisque paradoxalement : on n’ose pas forcément montrer ce que l’on crée, par pudeur (j’ai rigolé en lisant ça, c’est tout à fait ce que j’ai pu ressentir aussi dans mon travail)
ou que simplement, on arrive pas à vendre parce que ça intéresse moins…
Ca m’intéresserait de savoir, du coup, dans quelle mesure comparerais-tu tout ça aux métiers de la musique?… Je pense que la musique classique n’est pas perçue d’une manière tellement positive…
theNoiC > En quelques sortes, oui.
Mais je ne me pose pas autant de questions en fait, créer c’est une envie et un besoin que je ne peux pas freiner. Cela contribue à mon épanouissement, mais c’en est presque de l’ordre du vital.
Quand je peux créer, je me sens accompli : exposer ce que je fais au reste du monde, dire qui je suis pour exister, tout ça…. je n’en ressens pas le besoin.
Marie > Dérangeant, je sais
Le ton que j’emploie parfois a aussi de quoi provoquer, peut-être pour pousser à la réflexion.
Je suis d’accord avec toi, il y a une recherche de l’authenticité qui est assez difficile lorsque l’on n’est pas guidé, ou qu’on n’est pas en contact direct avec l’artiste. Je pense cependant que certains ont pu utiliser leur notoriété pour faire découvrir leurs « vrais » projets par la suite et vivent depuis de ces projets qui leur tiennent à cœur.
Cela suscite parfois des interrogations car en France on aime catégoriser une personne, et l’on a du mal à accepter qu’elle se situe d’elle-même dans un autre registre par la suite.
Concernant les métiers de la musique je serais plus prudent car je n’ai pas une connaissance du métier assez poussée, notamment concernant le milieu de la musique classique.
Pourtant, je ne pense pas que la musique classique ait une image si négative? Le problème est peut-être que les musiciens ne sont pas identifiés et qu’ils se mettent souvent au service d’une œuvre, ce qui nous permet rarement d’associer un talent à un nom précis mais plutôt à l’œuvre qu’il défend (ou interprète). Le manque de médiatisation accentue également cette tendance-là.
J’apprécie la musique classique, mais c’est plus de l’ordre du ressenti que de la connaissance.
Marie > Effectivement comme le souligne Ange « Le manque de médiatisation accentue cette tendance » mais j’en ai une très bonne perception ^^ J’affectionne tout particulièrement le travail de Vivaldi.
Pourquoi tu est compositrice ?
pour ma part, Ange, je choisisrai l’artiste qui me fait vibrer, même inconnu en tentant la gageure de le faire aimer de mes clients d’hôtel, de le défendre, de la valoriser. ce qui est déjà fait est bien moins intéressant à mes yeux.
quant à notre propre travail, il évolue avec nous. au départ, on a tous quelque chose à partager, un petit bout de nous que l’on croit artistiquement défendable. mais qui ne vaut certes pas plus pourtant que les petits bouts d’autres. et puis, on évolue. on quête en profondeur, on fait parler notre intérieur.
pour ma part, je croyais que je voulais « délivrer des messages » (oui, je sais quelle prétention !) aux enfants en fonction de ce que je voyais d’eux, avec exemple de ce que je voyais déjà de mes enfants, ceux qui m’entourent de façon proche.
et puis, je me suis rendue compte petit à petit que c’était cette part de moi, cette enfant qui était restée dedans, cette femme « sauvage » (clin d’oeil à Béa, au passage) lovée en moi qui avait envie d’être dans mes écrits.
et pour un 1er essai, ça a marché auprès de la 1re éditrice à qui j’ai montré mon roman (que je pensais sans intérêt pour les autres bien en adéquation avec moi).
maintenant, cela dit, je n’en suis pas encore au stade d’imposer un tarif, de valoriser financièrement mes écrits et je suis prête à y travailler.
Calouan > Bienvenue ici
Oh, que j’aimerais dire que je choisirais aussi l’artiste qui me fait vibrer. J’aimerais moi aussi le défendre.
Mais en tant qu’entrepreneur, je sais pertinemment que faire ce choix est un investissement énorme et le retour sur investissement n’est pas certain. Je parle sèchement alors que je me sens moi même artiste, mais c’est la seule manière de cerner le mur d’incompréhension auquel on se heurte.
Je crois qu’on néglige le nombre de personnes qui achètent des œuvres d’art pour une utilité autre que sa simple contemplation.
De plus, si je devais moi-même défendre le travail d’un artiste, contribuant activement à sa notoriété, je me placerais dans le même rôle qu’un éditeur : je ne pourrais accepter qu’un artiste me demande une somme trop importante si j’ai moi-même l’impression de « travailler » autour de la mise en lumière de son travail.
Je sais, mes arguments et le fait de ramener tout débat autour de la notion d’investissement peuvent surprendre. Mais je suis persuadé que c’est un mal nécessaire.
Si on veut être un artiste et bien monnayer son travail, il faut créer l’histoire et les arguments avant toute rencontre.
Il ne faut pas laisser aux autres l’impression qu’ils contribuent à la notoriété de l’œuvre, sinon cela se répercute directement sur son prix et l’importance du travail de l’artiste dans le succès éventuel de la collaboration peut en être amoindrie.
C’est exactement ce que l’on connait déjà avec les éditeurs.
Personnellement, je ne veux pas de quelqu’un qui défende mon travail. Je veux quelqu’un qui a l’impression, lorsqu’il paie le prix convenu, qu’il a déjà un retour sur son investissement.
Donc je récapitule :
1. J’accepte que quelqu’un « représente » mon travail => le prix de mon oeuvre chute, et je perds une grande partie de mon implication dans le succès éventuel de l’œuvre.
ou
2. J’assure à un investisseur un retour immédiat avec du travail de qualité, je produis l’histoire qui va avec tout seul, et tout ce travail que je fournis sur un plateau se paie cher.
Je pense qu’il faut proposer une œuvre finie, dont la valeur (en tous points : technique, émotionnelle, financière) est incontestable et ne demande aucun effort supplémentaire de la part de l’investisseur.
Merci d’avoir partagé une petite partie de ton évolution, c’est très intéressant.
nous proposes-tu de devenir tous des « Cosette » avec un passé meurtri, déchiré, inacceptable… pour mieux faire entendre la valeur de notre travail, qui a l’oeil nu, ne se serait pas vu ?
je schématise, hein, mais tu auras compris l’idée…
En fait j’ai dit que l’expérience de chacun était riche et qu’il suffisait simplement de savoir la mettre en lumière.
J’ai aussi insisté sur l’importance (à mes yeux) de rester droit, honnête, et pudique : je pense que tout cela est compatible.
Je ne pousse pas du tout au mensonge ni au pathos, mais je tiens à dire que chacun a dans son passé un événement ou des choix qui l’honorent, des particularités qui peuvent lui permettre de délivrer son histoire et de valoriser son travail.
Je suis Ange dans son cheminement, en l’illustrant par un exemple simple : Je travaille en ce moment sur des mobiles (je sais, rien à voir à priori avec l’édition, mais ce n’est qu’un exemple) et avant de me demander pourquoi je m’y suis attelée (même si au premier abord ça me semblait évident, j’en avais tout simplement envie) j’ai fabriqué deux prototypes. Une fois que je me suis demandé ce qui m’a vraiment motivée, voilà ce qui est sortit spontanément :
Je voulais travailler sur un objet qui éveille les enfants, les fasse rêver, développe leur imaginaire, en travaillant avec le moins de matériaux possible, le plus simplement possible, sans bidules motorisés, à piles, bruyant, polluant. Créer de la poésie avec juste de petits courants d’air qui font vivre les personnages de ces mobiles, faire rêver.
C’est fou ce qui en ressort non ? Avec ces explications, je crois pouvoir dire que mon travail a plus de poids et d’impact, que la simple présentation des dits mobiles avec une photo…
Dis donc, tu commences sérieusement fort toi !!
Ca va pas être facile de répondre simplement à toutes ces questions qui se posent ici…
J’ai fait exclusivement de la peinture pendant plusieurs années et je dois dire que ce qui m’a fait prendre du recul c’est un peu ce que tu montres ici.
J’ai toujours eu de super histoires qui allaient avec mes oeuvres parce que je m’y impliquais personnellement. Je n’imagine pas un artiste s’exprimer sans y mettre un peu de lui même. Donc, pour moi il y a toujours une histoire qui va avec.
Ensuite, pour ce qui est de la valeur perçue, j’avoue que ton constat ne me pousse pas à recommencer la peinture. Lors de mes différentes expos, je ne me suis presque jamais senti à l’aise parce que j’avais l’impression qu’il y avait un écart entre le message que je voulais faire passer et ce que les visiteurs et clients potentiels attendaient. C’est pas facile à exprimer mais j’ai toujours ressenti beaucoup un côté « faux-cul », faussement intéressé et que finalement on achèterait la peinture parce que le gars a une putain de personnalité.
Oui, je crois que c’est ça… J’ai vu des gars vendre des « croûtes » immondes parce que le gars ressemblait à ce qu’on attend souvent d’un artiste: une allure négligée, un language particulier, une personnalité affirmée. Et qui vendait à des prix terriblement hauts.
C’est toujours un écart que j’ai ressenti sans vraiment comprendre. Le gars était somme toute naturel, mais les gens percevaient plus facilement son travail parce qu’il avait la gueule de l’emploi.
Je suis artiste, mais aussi geek dans l’âme. Et j’ai très souvent entendu des réflexions du style: « comment on peut être artistes et aimer l’informatique ? ». Et même « comment peut-on être artistes et aimer les voitures », parce que je suis fan de belles bagnoles. Et je crois souvent que ça m’a desservi.
Enfin, ma femme est carriériste. Elle bosse dur et gagne bien sa vie. Pendant des années, je ne vivais donc que de la peinture et le fait que notre ménage fonctionne de cette manière entraînait une perception des gens très particulière, du style « il se fait entretenir », « c’est un hobby… » et du coup, bien souvent, mon travail n’était pas apprécié à sa juste valeur. Je me souviens même d’une fois d’une personne que j’avais rencontré déjà précédemment à une expo et que je voyais là à une soirée classique et qui me demandait: « tu bosses ou tu peins toujours ? »… Voilà un peu le constat…
Donc, l’histoire qui va avec n’est pas toujours facile à gérer, malgré que l’histoire est parfois super intéressante !! ^^
Enfin, pour ce qui est des prix et de son rôle dans la perception du travail, c’est clair que ça joue un rôle important. Quoi qu’il en soit, les perceptions peuvent être très différentes. J’ai eu souvent des personnes qui trouvaient que mon boulot n’était pas assez cher, donc pas assez valorisé et d’autres qui négociaient direct 50% sur une petite oeuvre à 200 euros. Donc, il faut trouver sa place et finalement fixer son propre prix, face à son ressenti.
Personnellement, je n’ai jamais tenu compte du temps de réalisation pour fixer un prix, c’était surtout plus en fonction du ressenti et de la valeur que j’estimais être la bonne…
Donc au final, j’ai pris un peu de recul et j’en discutais il y a peu avec une amie artiste peintre qui me disait que finalement si on n’essaie pas de rester honnête avec nous-même, on finit par se perdre. Et donc, c’est super important de peindre pour le plaisir avant l’argent (personnellement, ça m’a tout cassé….
)… Mais de l’autre côté, l’argent est toujours là. Il faut bien en vivre… C’est super dur en fait la vie d’artiste….
Je trouve ça très intéressant, moi, l’idée qu’un artiste (surtout en 2008…) doit comprendre et utiliser des règles liées à l’économie, le management, la communication…. Je pense que ce n’est pas idiot du tout de considérer qu’être indépendant, aujourd’hui, c’est intégrer toute une gamme de composantes, de réflexes, qui sont parfois fort loin des compétences et des valeurs artistiques. J’aime vraiment bien cette idée de l’ »histoire qui va avec », comme valeur ajoutée, je réfléchis déjà à la façon dont je peux intégrer ça à ma pratique et à ma bien modeste expérience…
Merci, en tout cas, de susciter ces débats et ces réflexions.
Girafette > Ton exemple est exactement dans la veine de l’idée simple que je défends. Merci de partager
Au fait, la page d’ouverture de ta boutique en ligne, ta nouvelle « identité visuelle », raconte l’histoire qu’il faut. Je la trouve très efficace. Je pense que tu devrais communiquer autour de tout cela.
Il ne te manque plus qu’à homogénéiser le tout, dans le même esprit (cf une de nos discussions passées) et je pense que tu vas très vite en ressentir les retombées (financières également).
Francis > Merci pour ce long commentaire
1. Comme tu le dis, je pense qu’il y a toujours une histoire qui accompagne nos travaux
2. Oui, il y a une énorme différence entre la valeur délivrée et la valeur perçue. Des « personnages » arrivent à vendre leur travail très, très cher. Nous avons des principes, des valeurs et nous ne voulons pas jouer à ce jeu-là. Pourtant, ce sont ces acheteurs qui ont les moyens financiers suffisants pour acquérir des toiles aussi chères. Je crois qu’il y a des solutions pour faire qu’ils s’intéressent à nos travaux et nos histoires authentiques. Travailler notre communication est une des clefs de la réussite, c’est certain.
3. Artiste + {voitures, informatique, sport, jardinage, etc…}
Les gens n’aiment pas être surpris. Les gens aiment poser une étiquette, ils n’aiment pas ce qu’ils ne peuvent cerner, et il existe un profil-type de l’artiste qui les conforte, qui leur permet d’établir une fois pour toutes la manière dont ils veulent te percevoir.
Leur dire que ce profil ne convient à personne réellement les déstabilise et ils n’aiment pas.
C’est tout à ton honneur d’être pluridisciplinaire et il ne faut pas changer. Ça, c’est ton identité et il ne faut en rien la modifier.
Pour l’évolution d’une carrière, il faut par contre faire des choix. La diversité est souvent perçue comme un manque de constance et de propos. C’est ainsi, on peut ne pas être d’accord mais malheureusement ça ne changera pas.
Sans dire qu’il faut mentir, je pense qu’il faut savoir délivrer les bonnes informations aux bonnes personnes, communiquer efficacement, et parfois dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre si ça peut les rendre heureux.
Mon objectif est d’acquérir ma liberté, si c’est un passage nécessaire je me plie à l’exercice (sans toutefois faillir à mes principes et mon identité).
4. Concernant ton activité de peintre et la manière dont tu es perçu : je pense que l’ensemble des personnes qui visitent et/ou commentent sur ArtisteZen sont confrontées à ce problème.
Un ensemble de phrases qui parlera à tout le monde :
« Mais tu en vis?… ça doit être difficile? »
« Ouais ton métier est difficile mais au moins tu fais ce qui te plait, t’as pas à te plaindre »
« Et tu as un vrai travail à côté? »
« Rho être payé à faire ta passion, ça va t’es tranquille toi »
« T’es riche? parce que le dessinateur de Titeuf il doit ramasser bonbon »
« Tu peux pas te plaindre de pas gagner beaucoup d’argent, c’est toi qui as choisi »
Ou cette impression qu’en groupe nos arguments sur le travail ont si peu de valeur car « ouais mais tu peux pas comprendre dans le privé ça marche pas comme ça ».
Je sais que vous souriez derrière votre écran et que ça vous semble familier.
Tout cela, on ne peut rien y changer.
Seules les fonctions « officielles » semblent avoir de l’importance, les termes qui ne prêtent pas à confusion : chef d’équipe, manager, directeur, contrôleur de gestion, assistant, etc…
Bref. Pour ma part, j’ai réglé ce problème en franchissant les hautes barrières que je m’impose à moi-même. J’ai appris à apprécier le chemin parcouru (chose que je ne faisais pas avant) et à aimer les choix que j’ai faits. Tout le reste, ça ne me fait ni chaud ni froid, vraiment. Et ce n’est même pas par frustration
Pour ton épouse, le plus important (et je suis certain que c’est le cas entre vous) est d’avoir trouvé une situation qui convienne au couple et à son équilibre. On va pas perdre de temps à satisfaire « les autres », le bonheur c’est déjà le cercle familial et le reste n’est que du bonus.
5. Je conclus comme toi : l’honnêteté et la droiture paient et ce sont les clefs vers l’accomplissement, mais il faut mettre des barrières pour que personne ne vienne piétiner cela. Ces valeurs se monnayent, car les valeurs de demain (à monnayer, et j’en suis tellement persuadé) seront et sont déjà la confiance, l’authenticité, la relation directe.
Lionel > Je serais ravi que tu partages plus tard avec nous les fruits de cette réflexion, et les choix que tu auras fait.
J’espère que tu pourras valoriser ton travail à hauteur de tes espérances.
De toutes manières, il reste encore énormément de points à aborder ensemble
« theNoiC
Marie > Effectivement comme le souligne Ange “Le manque de médiatisation accentue cette tendance” mais j’en ai une très bonne perception ^^ J’affectionne tout particulièrement le travail de Vivaldi.
Pourquoi tu est compositrice ? »
non, mais je travaille dans un orchestre, et même si je suis dans un orchestre où on fait beaucoup d’actions « éducatives », je me demande s’il n’y a pas toute une tranche d’âge un peu laissée de côté… (certes très intéressantes comme actions d’ailleurs!!)
Le fait qu’il y ait un manque de médiatisation est indéniable.
Mais à part ça, l’image que l’on donne sur scène est perçue comme un peu trop ringarde. Perso j’adore les queues de pie et les vêtement élégants, mais les gens nous voient plus comme des « pingouins », genre assez coincés ; l’idée est assez répandue aussi qu’on ne sait parler que de musique… (Je crois que je n’ai pas besoin de préciser ici que c’est complètement faux ^^).
Pourtant lors d’un concert, tout cela fait partie du spectacle!
je trouve juste qu’il y a un manque de mise en valeur, à côté de la part artistique.
C’est un peu un cercle vicieux, j’imagine… Mais quand ils vont voir en coulisse, les gens qui ne font pas partie de ce cercle (trop fermé, ça j’en suis consciente) s’aperçoivent qu’on a pas forcément l’image qu’on donne non plus
Francis > Je compati pour l’affreux “tu bosses ou tu peins toujours ?” ^^
Marie > Tu as raison, la musique classique reste (à son désavantage) immuable. Reste à savoir si cet état de fait n’est il pas plus lié a un marché économique plutot qu’artistique, je m’explique :
Si l’on en viendrais a trop changer le style, le contexte voir la vision du métier, les clients (pour certains fortunés) la valeur touristique, etc… Tout ces facteurs qui comme le dirais si bien Ange, nous échappe de prime à bord. Leurs feraient perdre de bien grand atouts.